
Fraises

Moi, ce n’est pas celles qui portent la frange à la Kate Moss qui m’énervent mais c’est le prix des fraises.
Cette photo a été prise hier chez un primeur de mon quartier.
Comment en pleine saison de la gariguette (je suis allée à la conférence de presse il n’y a pas quatre matins donc je SAIS que c’est la saison), donc comment en pleine saison, 250 g de fraises du Lot et Garonne (genre 150 km d’ici) peuvent coûter 3.96 € ?
Soit 15.84€ le kilo soit + de 100 de nos francs d’avant ??
Comment ?
Si quelqu’un peut m’expliquer, je suis preneur parce que les bras m’en tombent.
Inutile de vous dire que je ne les ai pas achetées.
Edit : Cet article date de ….2010. Je précise parce que …. Les gens répondent 10 ans après 😀















Bonjour
étant moi même productrice de petits fruits bio, voici donc l’explication 😉
La fraise est un fruit qui demande énormément de manutention. Contrairement aux arbres fruitiers implantés pour plusieurs années, la fraise en maraichage n’a une durée de vie que de 2 ans ( avec une production moindre en année 2), pour pouvoir avoir un rendement égal, il faut donc replanter tous les ans les fraisiers. C’est une plante très gourmande, qui nécessite de grandes surfaces en jachères, puisqu’une fois qu’on a mi de la fraise sur la parcelle on ne peut pas revenir dessus pendant 6 ans ( Attention je parle de la pratique en Bio).
Les fraisiers sont le plus souvent plantés sur bâches mais demande un désherbage constant qui ne peut pas être mécanisé ( en bio c’est donc de longues heures à la main).
La cueillette des fraises ne peut pas être mécanisée ( contrairement à certains fruits rouges comme le cassis ou la groseille), tout comme la framboise, la cueillette nécessite beaucoup de main d’œuvre et de temps pour cueillir peu au final ( en comparaison de courgette par exemple).
En enfin ce prix n’est pas le prix que l’agriculteur vend évidemment, en général les épiceries fines et primeur font une marge X2…. Donc au final gagne plus que le producteur lui même ( taux horaires de travail effectué quand on enlève les charges de fonctionnement).
Voilà voilà, le fait qu’elle soient local n’enlève en rien la pénibilité du travail sur la culture de la fraise, Et je n’ai pas parlé des aléas climatiques qui font que le prix des fraises sera plus élevé une année pluvieuses car beaucoup plus de perte due aux maladies cryptogamique…
Pour info il faut savoir également que la fraise est un fruit énormément traités. En conventionnelle à partir du moment ou il y a des fleurs c’est un traitement « préventif » par semaine… il faut donc vraiment privilégier le bio sur ce fruit et donc accepter d’y mettre le prix;)
Enfin sachez que peu d’agriculteurs sont rémunérés à juste valeur.
je parle en connaissance de cause…. étant passée d’architecte à paysanne, j’ai vu salaire en taux horaires chuter de manière vertigineuse ( mais la passion n’a pas de prix dit-on! ) !
Les choses (et aussi ma vision) ont changé depuis la rédaction de cet article qui date de plus de 12 ans 🙂
Bonjour,
Alors : vous avez une entreprise agricole, et vous cultivez des fraises. Pour faire tourner votre entreprise, vous payez des charges, qui souvent représentent près de 40% de votre chiffre d’affaires (vos diverses factures, vos cotisations sociales MSA, vos intrants, votre carburant, l’entretien de votre matériel, bref tout ce qui est nécessaire de près ou de loin pour produire). Bien souvent en agricole vous avez beaucoup d’investissements, donc vous remboursez souvent plusieurs crédits. Ensuite, il faut payer votre main d’oeuvre. Et oui, les fraises ne se ramassent pas toutes seules, un cueilleur récolte en moyenne 8 kilos par heure (il vous faut donc le payer, en France, un salarié au SMIC vous coûte environ 15 euros de l’heure). Et cela mériterait bien plus. Avez-vous déjà ramassé des fraises ? A quatre pattes dans les allées, le dos cassé et les genoux défoncés, pendant plusieurs heures d’affilée, et de préférence le matin de bonne heure car sinon lorsqu’il fait trop chaud les fruits s’abîment? Et enfin, peut-être que vous aussi en tant qu’agriculteur vous allez songer à vous rémunérer sur le prix de vos fraises. Vous qui travaillez en moyenne 45 heures par semaine dehors et par tous les temps, vous vous sortirez bien aussi un SMIC non? Et je ne parle même pas de la commission de votre primeur.
Voilà pourquoi les fraises sont chères. C’est parce qu’à force de passer sa vie dans le royaume des hypermarchés, on perd pied avec le vrai prix des choses.
Cordialement,
Une productrice.