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Le guide du locavore – Anne Sophie Novel

Alimentation et nutrition Livres

Le guide du locavore - Anne Sophie Novel
Le guide du locavore pour mieux consommer local – Anne Sophie Novel

Locavore, locavore mais Koikesse ? Vous connaissiez les omnivores, les carnivores, les herbivores voire les insectivores, mais les locavores ?

Don’t panik, j’explique !

Les locavores, explique Anne Sophie Novel dans son livre, sont une nouvelle catégorie de personnes qui ne consomment des produits (alimentaires ou non) que provenant au maximum d’un rayon de 200 km autour de chez eux.

Le concept est né en Californie et connait pas mal de succès puisque là-bas le mot est entré dans le dictionnaire en 2007. Leur truc à eux, c’est donc la notion de kilomètre alimentaire avec en arrière plan 3 idées : diminuer l’impact carbone de l’alimentation, augmenter la traçabilité et booster l’économie locale.

Regarder le contenu de l’assiette permet de réfléchir à certaines choses, de s’interroger sur la provenance des produits, leur conception, leur composition etc. On s’informe et on achète en toute connaissance de cause. Comme le dit Anne Sophie on n’est plus dans le boycott mais dans le buycott.

Le livre est à la fois une réflexion politique ou sociétale sur le locavorisme et un guide pratique sur comment faire. Passionnant !

Elle a accepté de répondre à quelques unes de mes questions, ne fuyez pas, c’est un peu long mais très intéressant :

Anne Sophie, je souhaiterai savoir ce qui t’a conduit à t’intéresser à l’écologie ? Tu es tombée dans la marmite quand tu étais petite ou c’est venu plus tard ?

Petite, j’ai grandi dans une petite ville de province en Bourgogne, dans une maison en face de laquelle il y avait un champs de vaches… que j’ai vu transformé en lotissement avant de partir pour Bordeaux. Pendant les grandes vacances, j’ai passé beaucoup de temps dans le verger de mon arrière grand père en Savoie (il avait une grande ferme) ou en Bretagne en bord de mer… J’ai toujours eu la chance de connaître les grands espaces et de voyager très jeune avec mes parents. Parcourir le monde et déménager souvent m’ont donné le goût de l’autre, cela a aussi éveillé en moi un sens aigu des inégalités, la conscience que j’étais plutôt bien lotie.

Durant mes études d’économie et finances internationales, je me suis particulièrement intéressée aux questions d’équité, ainsi qu’aux liens entre commerce et développement, à la pauvreté et aux questions d’insécurité (au sens large du terme, insécurité humaine). Je pense donc que j’avais en moi un terreau fertile pour tomber dans la marmite de l’écologie, dans laquelle je suis entrée par la porte de l’économie et du social essentiellement.

Que penses tu de l’évolution de l’écologie dans la société durant ces dernières années ? [place dans la société, dans la politique, dans le quotidien ?? ]

Les choses ont avancé depuis 4/5 ans. Tout du moins dans les discours. En 2006, les médias étaient encore bien silencieux sur ces problématiques. Les choses ont évolué avec le film d’Al Gore, le pacte écologique de Nicolas Hulot, la pression de l’Alliance pour la Planète (collectif d’ONG) pendant les présidentielles de 2007… puis le Grenelle de l’Environnement est arrivé, il a au moins permis de réunir tout le monde autour d’une même table.

L’écologie a donc, en l’espace de quelques années, acquis une place certaine dans la politique et les médias. Maintenant, cela reste insuffisant: au niveau national et international, les politiques n’avancent pas assez vite, les lobbies sont encore puissants et ce au détriment de volontés locales fortes dans certains territoires, aussi bien dans le secteur public que privé.

Dans les médias, les analyses devraient plus systématiquement intégrer les possibilités que propose l’écologie. Enfin, dans la société, il faudrait que l’éducation à l’environnement et au développement durable progresse plus vite au niveau de l’éducation nationale, que l’on adopte des modes de communication plus transparents, que les alternatives soient plus répandues… nous sommes encore loin de mon idéal, les choses progressent petit à petit.

Puits de pétrole Logo bio européen déchets

Ne crois tu pas que nos petits efforts (ne plus prendre de bains, trier nos déchets, etc.) sont dérisoires comparés à la pollution au niveau mondial et notamment à celle de pays tels que la Chine?

Adopter un tel raisonnement permet de se déculpabiliser facilement et de ne rien faire. D’autant que les chinois sont parmi les premiers aujourd’hui à investir massivement dans les technologies vertes. Je préfère donc répondre par d’autres questions: est-ce dérisoire de cesser de manger des produits contenant de l’huile de palme alors que sa production engendre en Amazonie la destruction des forêts et des orangs-outangs (cf. la dernière campagne de Greenpeace contre Nestlé).

Est-ce dérisoire que de continuer à négliger nos déchets pour qu’ils terminent ensuite dans les poubelles géantes des bidonvilles d’Asie ou d’Afrique?

Est-ce dérisoire de favoriser le bio alors que l’usage des pesticides fait disparaître les hirondelles et contribue à la destruction de l’ensemble de notre biodiversité?

Retrouvons donc un minimum de bon sens citoyen!

Quel est selon toi notre devenir énergétique ? (avec la diminution des réserves d’énergie fossile)

Nous serons contraints d’agir autrement dans notre quotidien du fait de la décroissance des ressources. Aujourd’hui nous avons encore le choix et nous pouvons anticiper un minimum. Mais si les choses n’avancent pas plus vite, nous serons au pied du mur, contraints. Anticipons donc un peu, et vive les volcans 😉

Comment expliques tu qu’en France l’écologie soit si peu glamour ?

Les français aiment se poser 36000 questions… On pâtit aussi de l’image soixante-huitarde du terme ‘écolo’, cela évoque un barbu habillé de chanvre, nus pieds et les cheveux gras. Du coup, beaucoup voient derrière le terme ‘écolo’ une chandelle, un chandail et une charrette. Nous avons beaucoup à faire pour changer ces idées reçues et montrer qu’au contraire être ‘écolo’ aujourd’hui c’est adopter un nouveau regard sur le monde, saisir un ensemble d’opportunités et entrer véritablement dans le vif du XXIème siècle. Ceci étant, l’écologie glamour arrive peu à peu en France, même si cela ne passe actuellement que par la promotion de nouveaux modes de consommation qui restent réservés à une certaine catégorie de la population…

Qu’est ce que t’apporte ta formation ? Et peux-tu nous rappeler quelle est elle ?

Je suis docteur en économie internationale, j’ai travaillé sur les politiques économiques utilisées par les Etats-Unis pour lutter contre le terrorisme transnational entre 1968 et 2006. Un sujet relevant de l’économie politique et de la géopolitique… mais dans lequel j’ai trouvé de nombreux ponts avec l’écologie: en Colombie ou au Nigéria, de nombreux attentats terroristes pourraient être évités si les pays riches ne donnaient pas la sensation de piller les ressources…

J’ai aussi travaillé pour l’Institut Français des Relations Internationales (au sujet de la place des pays en développement au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce) ou pour l’Unesco (sur les liens entre liberté de presse et pauvreté).

Couverture du Times - Forget Organic, eat local - 12 mars 2007

Comment est né le projet ‘locavore’ ?

Avec Anne Ghesquière, de Fémininbio.com, nous avons constaté que ce sujet était souvent évoqué dans les médias sans qu’un ouvrage ne soit dédié au sujet. Nous voulions travailler ensemble, et je lui ai dit banco, cela faisait sens pour moi que de travailler sur les liens entre le global et le local!

Comment définirais-tu ce qu’est un locavore ?

Un locavore pourrait aussi être qualifié de ‘mangeur saisonnarien’ ou un ‘pétrophobe’. Il calcule les kilomètres alimentaires parcourus par les produits qu’il mange et décide de ne s’approvisionner que dans un rayon limité allant de 20 à 200km autour de chez lui. Mais cette logique dépasse pour moi la logique de l’alimentation. Le locavorisme peut aussi s’appliquer à d’autres choix de consommation.

Parmesan chocolat

Tu m’as dit être devenue locavore pour écrire le livre, peux tu me dire ce qui t’as semblé le plus difficile ?

Renoncer au parmesan et au chocolat:-) Mais surtout, réviser ma géographie (je n’ai jamais appris les numéro de départements français, et j’ai en révisé certains afin de lire les étiquettes et voir si certains produits pouvaient ou non entrer dans mon régime)! Il faut aussi prendre le temps, ce qui n’est pas toujours facile… soyons honnête. Et ce même si cela est souhaitable…!

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite devenir locavore ?

Je lui conseille de rendre la démarche ludique, d’impliquer ses proches (les enfants surtout!) et de prendre le temps de progresser. On ne change pas du jour au lendemain, alors entamer la démarche avec le plaisir de redécouvrir les savoirs et les saveurs, cela change tout! Le temps du jardin et de la cuisine sont de formidables pourvoyeurs de lien social, de plaisir et de souvenirs.

Peux tu nous expliquer ce qu’est l’exception Marco Polo ?

Certaines denrées (telles le thé, le café, les épices ou le chocolat) sont toujours venues de loin (cf. la route des épices ou la route de la soie, pour n’en citer que certaines). Les locavores s’octroient dans leur régime alimentaire de consommer certains produits venant de loin et dont il est difficile voir impossible de trouver un équivalent localement.

Personnellement je n’ai pas renoncé au thé, mais je privilégie les thés issus du commerce équitable, afin d’avoir la garantie que les condition d’exploitation sont respectueuses de ceux qui les cultivent. Naturellement, sur de telles denrées le mode de transport privilégié est bien souvent le bateau…

Le locavorisme est il un passage obligé des années futures ?

C’est une tendance que l’on voit émerger depuis 2 ans en France, depuis plus longtemps aux Etats-Unis. Certains groupes de travail missionnés par le gouvernement travaillent actuellement sur l’anticipation du manque de ressources, et la réduction de mobilité qui va s’en suivre. La réduction de notre mobilité entraînera de fait une augmentation des comportements locavores. N’oublions pas non plus qu’être locavore permet de soutenir l’économie locale! Enfin, en ces temps de crise, nous avons tous besoin de cultiver notre jardin, au sens propre comme au sens figuré…

Merci Anne Sophie, peux-tu nous dire juste en conclusion si tu as des projets, une actu ?

Il y en a plein 🙂 Le collectif qui participe à l’animation du site Ecoloinfo.com est très actif actuellement, il se formalisera plus clairement d’ici peu. A titre perso, je travaille sur plusieurs projets en ce moment, dont la sortie d’une plateforme web (in-deed.org) qui facilitera les rencontres et les échanges entre les différents acteurs investis dans la sensibilisation et l’éducation à l’environnement et au développement durable. Je pense aussi ouvrir un nouveau blog perso très bientôt…;-)

Le livre se prolonge sur le web via le site : locavore’spirit

Un livre à lire : Un jardin dans les Appalaches – Barbara Kingsolver

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Allez on en discute ?
Les commentaires
  • herve a écrit le 30 avril 2010

    bonjour Anne, Effectivement j’avais vu un reportage sur les locavores en Californie et notamment un français qui avait fait succes avec ces yahourts.cet article est trés intéressant.mercibon week à toihervé (lesateliersdhys)

  • Ampelopse a écrit le 30 avril 2010

    Bonjour Anne!J’ai une copine qui vient de reprendre un étal sur le marché de mon village et ça s’appelle « Les paniers du Locavore »…donc, elle m’avait expliqué ce que c’était…je suis assez d’accord avec cette tendance…mais j’aurais du mal a me passer de chocolat, de Thé, de Café…J’essaie de faire au mieux…un peu de bio, du local…et surtout le respect des saisons!Pour info, les fraises du coin/gariguette (Lectoure32) sont a Eur12.00 le kilo…mais elles sont super bonnes!A bientot, bonne journée, Anne.

  • bergeou a écrit le 30 avril 2010

    Je suis en pleine lecture du jardin dans les Appalaches, c’est passionnant. Il faudra que je me procure ce guide…

  • Dr. CaSo a écrit le 30 avril 2010

    Intéressant, merci. Est-ce que ce livre a été écrit en français à l’origine, ou est-ce que c’est une traduction de l’anglais? (moi, non seulement je mange local (les sables bitumineux du coin de la rue), mais en plus je lis dans la langue d’origine de l’auteur ;)). (Nan en fait je pose la question pour savoir si j’achète le bouquin ici (en anglais) ou j’attends d’être en France). Et je voudrais envoyer un message à tous ces gens qui parlent de manger local: avec ses chats, on fait comment?? Impossible de savoir d’où viennent les croquettes et je peux pas leur filer des steaks de bison albertain tous les jours quand’même…

  • Kana a écrit le 30 avril 2010

    interview intéressante, merci!

  • Linou a écrit le 30 avril 2010

    je fais attentionà ma consommation, à manger bio, à ne pas gaspiller mais je dois avouer que me passer de café ou d’un bon théme serait difficille.

  • Toque et Popote a écrit le 30 avril 2010

    Et connaissez-vous le site : Répondre

  • oxalis a écrit le 1 mai 2010

    Soyons tous des colibris!!!

  • placeogout a écrit le 1 mai 2010

    A fond pour le local et pour le goûtKatarzynaplace-o-gout.fr

  • Anne-Sophie a écrit le 1 mai 2010

    Merci Anne pour ton article,:-) Je suis ravie que le livre vous plaise et n’hésitez pas à me poser des questions au besoin!

  • **CEC** a écrit le 1 mai 2010

    je te souhaite un bon 1er mai

  • Cécile a écrit le 1 mai 2010

    Progressivement, nous essayons d’adopter ce type de consommation aussi pour les raisons évoquées dans cet article.Merci pour cet interview.

  • Anne a écrit le 1 mai 2010

    Merci à tousDe CaSo : Non, non ce n’est pas une traduction, c’est une création :)Bergeou ; oui c’est très intéressant. J’aime beaucoup cette auteure ;)Bon premier mai à tous et merci pour les infos.

  • Jennifer a écrit le 1 mai 2010

    Bravo Anne-Sophie pour cet ouvrage dont le sujet est passionnant. J’ai hâte de le lire et d’en apprendre plus sur le sujet. A bientôt.

  • stéphane a écrit le 2 mai 2010

    article intéressant à lire et je serais curieux de lire son livre.Perso, je ne pourrais pas être locavore, aimant trop le chocolat, le thé et le café! mais j’essaye de privilégier un max le local.

  • Anonyme a écrit le 3 mai 2010

    Premier commentaire que je laisse (j’adore ce blog, merci merci ! je suis une débutante en cuisine, je viens souvent par ici, et j’ai plein de nouvelles idées!)J’ai en emploi à temps partiel , mon compagnon idem, qui nous permettent juste de boucler nos fins de mois… ça nous plairait bien, à nous deux, de devenir locavore, ou même de manger un peu plus bio, sainement, etc. Mais c’est trop juste.:-( J’ai parfois l’impression qu’être écolo ou manger convenablement est un « truc » de « riche » (j’ai bien mis riche entre guillemet, hein !)

  • Anne a écrit le 3 mai 2010

    Merci. c’est sur que la qualité a un prix. pas facile avec des petits budgets ;(

  • Je lis ... | Papilles et Pupilles a écrit le 27 août 2010

    […] Le guide du locavore – Anne Sophie Novel […]

  • Livres et ustensiles de cuisine | Papilles et Pupilles a écrit le 1 septembre 2010

    […] Le Guide du Locavore – Anne Sophie Novel […]

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