
Entrée du musée Rabelais
Pour notre dernière étape en Touraine, nous avons pris la direction de La Devinière, à Seuilly, tout près de Chinon. François Rabelais serait peut-être né à la fin du XVe siècle, dans cette “maison des champs” entourée de vignes, de caves et de tuffeau.
Je dis “serait”, parce qu’avec Rabelais, même la naissance garde une petite part de mystère. Et finalement, cela lui va assez bien.
Ce qui m’a plu ici, ce n’est pas seulement le côté maison d’écrivain. C’est le lieu. La cour, le pigeonnier, les petits bâtiments, les caves, les vignes, cette campagne de Touraine qui semble tranquille comme ça, mais qui a quand même enfanté Gargantua et Pantagruel. Ce n’est pas rien.
On n’est pas dans un musée froid où l’on chuchote devant des vitrines, l’air de chercher discrètement la sortie. Ici, on marche dans un décor qui a nourri l’imaginaire de Rabelais. Et franchement, cela change tout.
Un musée, mais surtout un paysage
La Devinière n’est pas un grand château qui en met plein la vue. C’est une ancienne métairie, avec son logis, ses dépendances, sa maison du vigneron, ses caves et son pigeonnier. Une maison des champs, comme on disait autrefois.
Alain Lecomte, le responsable du musée, nous expliquait que cette maison avait une place très particulière dans l’univers de Rabelais. Elle aurait abrité son imaginaire d’enfant et devient, dans Gargantua, le cœur d’un monde beaucoup plus vaste. Dans la vraie vie, c’est petit, paisible, très tourangeau. Dans le roman, cela devient gigantesque.
C’est cela qui est beau : ce petit coin de campagne devient une sorte de matrice littéraire. On regarde les murs, la cour, les vignes, et l’on comprend mieux comment un paysage réel peut finir par fabriquer des géants.
- Le pigeonnier de La Devinière
- Extérieurs de La Devinière
Rabelais, ou l’art de faire pétiller les mots
Ce qui m’a beaucoup plu aussi, c’est le rapport à la langue. Rabelais, ce n’est pas seulement Gargantua, Pantagruel, les banquets et les ventres bien remplis. C’est aussi une fabrique à mots.
Alain Lecomte en citait plusieurs, et certains sont irrésistibles. Sororité, par exemple. On n’imagine pas forcément Rabelais derrière ce mot revenu très fort aujourd’hui. Alors bien sûr, inutile d’en faire un féministe moderne, smartphone dans une main et slogan dans l’autre. Il est homme du XVIe siècle. Mais le mot est là, et c’est déjà passionnant.
Il y avait aussi farfelu, employé autour des andouilles farfelues. Dans le contexte rabelaisien, le mot renvoie plutôt à quelque chose de bien dodu, bien rond, bien réjouissant. Rien que cela, déjà, donne envie de relire la phrase avec le sourire.
- Banquet rabelaisien
- La campagne autour de La Devinière
Et puis, comment ne pas citer gastrolatrie et les gastrolâtres. Là, évidemment, mes oreilles de gourmande se sont dressées toutes seules. La gastrolatrie, c’est littéralement le culte du ventre. Autant vous dire que sur un blog de cuisine, ce genre de mot ne tombe pas dans l’oreille d’une sourde.
Notre guide a aussi évoqué le verbe mitonner. Et là, forcément, cela m’a parlé. Mitonner, ce n’est pas seulement cuisiner doucement. C’est préparer, arranger, inventer quelque chose avec patience et malice. Un mot parfait pour Rabelais, finalement.
Chez Rabelais, la table n’est jamais juste une table. C’est l’endroit où l’on mange, bien sûr, mais aussi celui où l’on parle, où l’on rit, où l’on transmet, où l’on se dispute parfois. Bref, où l’on vit. À table, on partage les bons morceaux, mais aussi les bons mots. J’aime beaucoup cette idée.
On entre dans une maison ancienne, et l’on ressort avec des mots dans les poches : sororité, farfelu, gastrolatrie, mitonner… Cela vaut bien quelques vitrines, non ?
En pratique
Le Musée Rabelais – Maison de la Devinière se situe 4 rue de la Devinière à Seuilly, à environ 7 kilomètres de Chinon, en Touraine. Vous pouvez lire ici les jours et horaires d’ouverture.
C’est une jolie étape à prévoir si vous êtes dans le secteur de Chinon, Fontevraud ou des bords de Loire. Prenez le temps de visiter les bâtiments, les caves et les extérieurs. Ce n’est pas un lieu à cocher entre deux parkings. C’est plutôt un endroit où l’on ralentit un peu.
Et si, après la visite, vous avez envie d’un verre de vin de Loire ou d’une bonne table dans le coin, franchement, ne luttez pas. Ce serait presque un hommage littéraire. Rabelais aurait sûrement compris.

Épices Rabelais
Et si vous apercevez les fameuses Épices Rabelais, petit sourire obligatoire. Alain Lecomte nous expliquait qu’elles n’avaient pas grand-chose à voir directement avec l’écrivain, sauf ce goût joyeux de la table. Et finalement, c’est déjà beaucoup.















Quelle richesse ce genre d’endroit!
Merci Anne
oui, top