Logo - Papilles et Pupilles

Chargement en cours...
Veuillez patienter...
P & P

Papilles & Pupilles

Blog culinaire qui fait voyager

Château Brane-Cantenac : visite, transmission et grands vins à Margaux

Bonnes adresses France Reportages

Château Brane Cantenac

Château Brane Cantenac, Margaux-Cantenac, Gironde

Aujourd’hui, je suis allée visiter le Château Brane-Cantenac, dans le Médoc, à une quarantaine de minutes de Bordeaux. La maison célèbre cette année les 100 ans de son acquisition par la famille Récapet/Lurton, mais ce que j’ai surtout retenu, c’est une histoire de transmission, de sols, de choix patients, et de bouteilles que l’on ouvre parfois plusieurs décennies plus tard en se disant : ah oui, quand même.

Brane-Cantenac n’est pas un château qui en fait des tonnes. Pas de grand numéro, pas de discours qui roule des mécaniques. On entre plutôt dans une maison sérieuse, mais pas rigide, entourée de vignes, d’hortensias magnifiques et de chais superbes.

La visite était menée par Henri Lurton, propriétaire du domaine. Il parle de ses sols comme d’autres parlent de leur potager : avec précision, affection, et cette envie de comprendre pourquoi, ici, une vigne donne quelque chose qu’elle ne donnera pas dix mètres plus loin. À ses côtés, sa fille Madeleine Lurton, 27 ans, arrivée ici “pour trois mois” et visiblement en train d’écrire le début de sa propre ligne dans l’histoire familiale.

Le plateau de Brane, ou l’art de regarder sous ses pieds

À Brane-Cantenac, on comprend vite que le vrai sujet n’est pas seulement le classement de 1855, même s’il compte évidemment. Le vrai sujet, c’est le plateau de Brane.

Dit comme cela, je vous l’accorde, le mot “plateau” peut faire penser à autre chose. Un plateau de fromages, par exemple. Ce qui reste une pensée tout à fait honorable. Ici, pourtant, on parle d’une croupe de graves, avec de l’argile dessous, un sol qui draine, une réserve d’eau précieuse, et des vignes qui trouvent là un équilibre très particulier.

Henri Lurton a raconté qu’en 2003, lors d’une étude des sols, il était descendu dans une fosse creusée devant le chai. En bas, l’humidité remontait tellement qu’il avait de la buée sur les lunettes. J’ai adoré cette image. Tout à coup, le terroir n’est plus un mot chic imprimé sur une contre-étiquette. C’est de la terre, de l’eau, des racines, une paire de lunettes embuée, et quelqu’un qui regarde vraiment ce qu’il a sous les pieds.

Depuis 2019, le grand vin de Brane-Cantenac provient exclusivement de cette partie du plateau, notamment de la fameuse terrasse 4, considérée comme le cœur qualitatif du domaine. Les autres parcelles entrent dans d’autres cuvées, comme Baron de Brane ou Margaux de Brane.

On n’est pas dans une logique froide, façon tableau Excel du vignoble. Il s’agit plutôt d’une lecture fine : chaque parcelle a son rôle, sa personnalité, sa place dans l’assemblage. Un peu comme en cuisine, finalement. La même recette ne donne pas le même résultat avec une tomate qui a poussé à l’ombre ou une tomate qui a vraiment vu le soleil. La vigne, c’est pareil, mais avec plus de cailloux et moins de burrata.

Des chais précis, mais sans esbroufe

Dans les chais, même impression. Tout est organisé pour préserver le raisin, trier vite et bien, vinifier par lots, comprendre avant d’assembler. Tables de tri optique, cuves bois, vinifications en barriques : l’outil est très précis, mais il ne prend pas toute la place.

Henri Lurton insiste aussi sur le rôle du bois. À Brane-Cantenac, la barrique n’est pas là pour parfumer le vin à grands coups de “planche neuve chic et chère”. Elle accompagne, soutient et aide le vin à bien vieillir.

Le Cabernet Sauvignon marque fortement la signature du domaine : de la finesse, une texture soyeuse, de la fraîcheur, une intensité qui ne cherche pas à pousser les murs. Ces vins peuvent s’apprécier jeunes, mais ils savent aussi traverser le temps. Et pour un déjeuner de centenaire, autant vous dire que le sujet allait revenir dans le verre.

Madeleine Lurton, venue “juste trois mois”

L’autre rencontre de la journée, c’est celle de Madeleine Lurton. Elle a fait des études de communication et de publicité à Bordeaux, travaillé en agence, voyagé, envisagé Paris. Et puis finalement, la vie parisienne ne l’a pas retenue. Quand on a grandi à la campagne, les loyers, le métro et les cafés à 5 euros peuvent perdre un peu de leur charme. Étonnant, non ?

Une arrivée par la petite porte

Son arrivée au Château s’est faite en 2024. La personne en charge de la communication part, les Primeurs approchent, et son père l’appelle : “Est-ce que tu peux venir donner un coup de main ? Juste trois mois.”

Elle accepte, s’occupe de la communication, des réseaux sociaux, des événements, du site internet. Mais il y a 2025, l’année du centenaire de la famille Lurton à Brane-Cantenac. Très attachée à ses grands-parents, à ses parents, à ses frères, elle se dit qu’il faut marquer le coup. Alors, elle reste.

Henri et Madeleine Lurton

Henri et Madeleine Lurton

Ce que j’ai trouvé très juste chez elle, c’est qu’elle ne joue pas la carte du “je suis née dedans donc je sais tout”. Au contraire. Elle explique qu’elle n’avait pas de formation technique dans le vin et qu’elle a suivi le DUAD, le Diplôme Universitaire d’Aptitude à la Dégustation de Bordeaux, pour acquérir de vraies bases.

Madeleine apporte autre chose au domaine : une façon de raconter, d’ouvrir les portes, de créer des moments. Elle parle d’accueil, d’événements, de jeunes générations, de lien avec Margaux. Bien sûr, la technique reste essentielle. Mais elle ne suffit plus toujours. Il faut aussi transmettre, expliquer, donner envie. Sans transformer le vin en produit marketing vidé de son âme. Et cet équilibre-là n’a rien d’évident.

Une maison qui regarde devant

Ce déjeuner célèbre un siècle de présence familiale, mais il ne regarde pas seulement dans le rétroviseur.

Pour marquer l’anniversaire, Brane-Cantenac a créé une étiquette spéciale, réservée au millésime 2025. Son motif central s’inspire d’un macaron retrouvé sur une ancienne bouteille du XIXe siècle : un soleil rayonnant, réinterprété pour l’occasion. J’aime bien cette idée. On regarde les archives, oui, mais pour en faire quelque chose de vivant. Pas pour poser la bouteille sous cloche avec un petit panneau “ne pas toucher”.

Autre signe que la propriété avance : Brane-Cantenac Blanc. Le vin naît de trois hectares de sables sur argiles, plantés en Sauvignon Blanc et en Sémillon, au cœur du domaine. À compter du millésime 2025, il sera produit en AOC Médoc Blanc. Là encore, on retrouve la même logique : observer le sol, comprendre ce qu’il peut donner, puis avancer sans perdre l’esprit du lieu.

Henri Lurton incarne une génération qui a structuré, investi, affiné la lecture du terroir et le style du vin. De son côté, Madeleine arrive avec d’autres outils, d’autres mots, une autre manière de faire circuler l’histoire. C’est peut-être cela, la transmission : garder le socle, mais accepter que chaque génération y ajoute quelque chose. Une nuance, une décision, une énergie, parfois même un compte Instagram. Dans certains châteaux, c’est déjà une petite révolution.

Et puis il y a eu le déjeuner

Et vous me connaissez, le déjeuner n’est jamais un détail totalement secondaire. Le menu dialoguait avec les vins, et c’était assez passionnant à suivre dans l’assiette comme dans le verre.

Nous avons commencé avec des asperges blanches des Landes, tuiles de sarrasin et hollandaise allégée, servies avec Brane-Cantenac Blanc 2025. Ensuite, un pigeon royal rôti, déclinaison de céleri-rave, pâte de piment vert doux et jus corsé au gin, accompagné des millésimes 2005 et 2015. Les fromages affinés arrivaient avec Château Brane-Cantenac 1985, avant une pavlova à la fraise, basilic et fruits de la passion. Oui, on a connu des déjeuners plus tristes.

Le millésime 1985 m’a bluffée. Vraiment. Je m’attendais à un vin respectable, élégant, peut-être un peu dans la conversation polie du “il a bien vieilli”. Pas du tout. Il avait encore beaucoup de fraîcheur, avec ces arômes de cuir et de tabac qui arrivent avec le temps quand le vin a encore de la tenue. Un vin qui ne raconte pas son âge en soupirant, mais en souriant.

À ce moment-là, tout ce que l’on venait d’entendre sur le terroir, la précision, l’élevage et la capacité de garde prenait une forme très concrète. Plus besoin de grands discours. C’était dans le verre.

Le déjeuner a prolongé cette impression. On a parlé de vin, bien sûr, mais aussi de table, de cuisine, de Bordeaux, de lieux qui vivent, d’adresses qui ferment, de clients qui reviennent, de ce qui fait qu’un endroit tient dans le temps. C’est exactement cela que j’aime dans le vin : il n’est pas fait pour rester seul dans un verre, examiné comme une bête rare. Il accompagne une conversation, un plat, une table, un moment. Bref, il circule.

Ce que je garde de Brane-Cantenac

En repartant, je me suis dit que Brane-Cantenac avait ce charme des lieux qui n’ont pas besoin de parler plus fort que les autres. On y sent le temps long, mais sans naphtaline. Le passé est là, bien sûr, mais il sert d’appui, pas de vitrine.

Le plateau est toujours là. Les graves aussi. Les hortensias se portent très bien, merci pour eux. Quant au Château Brane-Cantenac 1985, il tenait encore sacrément bien debout. À Margaux, parfois, les plus beaux discours tiennent dans un verre.

Brane Cantenac

Brane Cantenac

Informations pratiques

Château Brane-Cantenac
Margaux-Cantenac, Médoc, Gironde
Site : brane-cantenac.com

Les visites se font sur réservation. La visite classique permet de découvrir les vignes, les installations et de déguster les cuvées du domaine. Une formule plus approfondie avec dégustation verticale est également proposée aux amateurs souhaitant aller plus loin.

 

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.

 

Allez on en discute ?
Les commentaires

Aucun commentaire sur cette recette : soyez le premier à laisser le vôtre !

P & P

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Photo - Anne Lataillade
Anne Lataillade
Fondatrice de Papilles & Pupilles
Autrice culinaire à Bordeaux

Depuis 2005, je raconte la cuisine telle que je la vis au quotidien : des recettes fiables, de saison, simples et savoureuses, mais aussi des coups de cœur, des produits que j’aime… et des escapades gourmandes qui donnent envie de passer à table.

S'inscrire à la
newsletter

Je voudrais...
Psst, vous pouvez cocher
plusieurs options !
Par ingrédients
Par type de repas













Par type de plats











Par événements










Par régime alimentaire




Une envie ? Un ingrédient dans votre frigo ?
Dites-nous tout !

Et les petits lutins de Papilles et Pupilles
trouveront la meilleure recette
juste pour vous

Photo - Anne Lataillade

Anne Lataillade

auteure enthousiaste et passionnée
de Papilles et Pupilles

Je m’appelle Anne, je vis à Bordeaux et j’anime depuis 2005 Papilles & Pupilles, média culinaire indépendant où je partage recettes testées, coups de cœur, voyages et reportages. Cliquez ici si vous voulez en savoir plus sur moi.

 Allez, on reste en contact  ?
FACEBOOK
269 000
followers
Pinterest
567 800
followers
Instagram
94 600
followers