
Château du Rivau
On vient au Château du Rivau pour les jardins extraordinaires, les roses et les tours de conte de fées. Puis on s’assoit à table. Et là, surprise : la cuisine est au niveau du décor.
Jardin Secret, le restaurant gastronomique du Rivau
Au cœur de la cour historique du château, dans un berceau de vignes et de rosiers, le Jardin Secret porte très bien son nom. La salle, intimiste avec ses 20 couverts, donne sur le parc et les jardins. Autour de vous, la pierre de tuffeau du château médiéval, la verdure, les fleurs comestibles et le potager créent un décor un peu hors du temps. Version château de conte de fées, mais avec une vraie assiette devant soi. Ce qui, vous en conviendrez, améliore beaucoup le conte de fées.
- Jardin secret
- Veranda, jardin secret, Château du Rivau
La cuisine puise dans les trésors du potager, les plantes comestibles du jardin, les produits du terroir et les artisans voisins. Ici, les fleurs ne sont pas là pour décorer deux centimètres carrés d’assiette en mode “regardez comme c’est joli”. Elles apportent une saveur, une fraîcheur, parfois une petite note végétale ou poivrée.
Pour les clients du Jardin Secret, la visite des jardins et du château est incluse avant le repas. En revanche, pour des raisons de sécurité, il n’est pas possible de se promener dans les jardins après le dîner. Ce qui évite probablement de finir nez à nez avec une rose ancienne dans le noir. C’est plus prudent.
Antoine Lopez, un chef revenu au pays
Depuis cette année, le restaurant gastronomique du château est dirigé par le chef Antoine Lopez. Originaire de la région, il est revenu au pays après avoir passé trente ans à voyager entre la France, le Japon, la Suisse et la Pologne. Son parcours pourrait donner une cuisine démonstrative ou “fusion pour faire fusion”. Eh bien non, c’est tout l’inverse ici.
Sa cuisine raconte surtout une histoire de terroir, de saisons et de souvenirs accumulés au fil des voyages. Un dashi japonais glissé discrètement dans une sauce. Une technique d’infusion héritée du Japon. Une réflexion très moderne sur les produits abondants et ceux qu’il faudrait peut-être arrêter de surexploiter. Et surtout, une vraie élégance dans les assiettes.
Le soir où nous y avons dîné, nous avons choisi le menu en trois temps à 65 euros.
Des mises en bouche très végétales
Pour commencer, nous avons grignoté de délicieuses gougères au fromage de chèvre de Vazereau, parfumées aux fines herbes du jardin, ainsi qu’un petit sablé au confit d’oignon. L’ensemble était précis, net, gourmand sans être lourd. Une mise en bouche simple en apparence, mais très soignée, qui annonçait bien l’esprit du repas.

Gougères et sablés
Nous avons ensuite dégusté un gaspacho de concombre, mentholé, avec une brunoise de Granny Smith. Au centre, une mousse de fromage de chèvre de Sainte-Maure de Touraine montée à l’huile d’olive de Nyons apportait de la rondeur. Quelques noisettes torréfiées et un filet d’huile de noisette venaient compléter l’ensemble. C’était frais, végétal, très net. Pile ce qu’il fallait avant d’attaquer la suite.

Gaspacho de concombre
Bœuf, langoustine et dashi discret
L’entrée associait bœuf juste saisi façon tataki et langoustine mi-cuite, avec sarrasin torréfié, concombre, ciboulette et fraîcheur d’ail des ours. Au centre, un jus inspiré du dashi japonais apportait une profondeur iodée très subtile.
« Mon parcours se reflète forcément dans ma cuisine », nous a expliqué le chef. « Mais je ne fais pas de la fusion pour faire de la fusion. J’ai une idée du goût que je souhaite obtenir et je vais chercher dans mon répertoire de techniques ou de saveurs ce qui peut fonctionner. »
- Tataki de bœuf
- Pain aux algues
Cela se sent immédiatement. Rien n’est plaqué, rien ne cherche à épater artificiellement. Même le pain fait partie intégrante du plat. Ici, il n’est pas un simple accompagnement posé sur la table “par habitude”. Le chef travaille chaque accord pain-plat comme un élément de l’assiette. Avec cette entrée aux notes iodées, nous avions ainsi un pain aux algues pensé pour prolonger les saveurs marines.
Chevreau rôti, asperges vertes et souvenir de broche
Le plat m’a particulièrement marquée. Un chevreau rôti et confit, travaillé comme un souvenir de broche, avec asperges vertes grillées, pommes de terre fumées au bois de chêne et jus à la sauge.
Je n’avais jamais mangé de chevreau et pourtant c’était probablement l’une des plus belles découvertes du repas. La viande arrivait sous deux formes : une partie rôtie, très tendre, et un effiloché légèrement snacké rappelant la cuisson à la broche traditionnelle du chevreau de mai. Quant aux notes fumées, elles faisaient le lien avec cette idée de cuisson au feu.
- Chevreau rôti
- Chevreau rôti
Derrière ce plat, il y a aussi une vraie réflexion. « Pour faire du fromage de chèvre, il faut des chevreaux. Et il n’y a pas que des femelles », explique le chef. Il parle beaucoup d’éthique et de produits abondants qu’il faudrait davantage cuisiner. Il évoque aussi le silure de Loire, les poissons délaissés, les produits populaires que la gastronomie regarde parfois de haut.
« Notre métier, c’est aussi de remettre en valeur ces produits-là plutôt que de toujours cuisiner les mêmes choses. »
Cette démarche donne du sens à la cuisine sans jamais devenir militante ou pesante dans l’assiette. D’abord, on mange quelque chose de très bon.
Fraises de Touraine, mélisse et fleurs du jardin
Le dessert était à l’image du reste du repas : frais, très lisible et parfaitement de saison.
Fraises de Touraine en différentes textures, sorbet fraise, concombre, mousse de mélisse, gel de vinaigre safrané et fleurs du jardin. Au Château du Rivau, les fleurs ne sont pas là uniquement pour faire joli. C’était même l’une des contraintes données au chef à son arrivée : travailler les fleurs des jardins du château et faire évoluer la carte au rythme des floraisons.

La fraise
« Je n’avais pas envie que les fleurs soient juste décoratives dans l’assiette. Il fallait qu’elles aient un sens », nous dit Antoine. Résultat : l’équilibre reste très juste. Il le résume d’ailleurs lui-même avec humour :
« On n’est pas là pour faire manger du Chanel. »
C’est probablement ce qui rend cette cuisine aussi agréable. Les fleurs apportent de la fraîcheur, de petites touches végétales, parfois poivrées ou herbacées, mais sans jamais basculer dans quelque chose de savonneux ou de caricatural.
Une cuisine de voyage, mais ancrée en Touraine
Après le dîner, nous avons longuement discuté avec le chef. De son passage au Japon rural, où il préparait une cuisine française adaptée au goût local. Puis de Paris et des grandes brigades qui ne lui correspondaient pas humainement. Ensuite, de la Suisse, de la Pologne, des ouvertures d’hôtels, des restaurants qu’il a dirigés. Enfin, de son retour dans cette région qu’il redécouvre aujourd’hui avec enthousiasme.
« J’ai compris pourquoi on appelle ça le Jardin de la France. »
Honnêtement, cela se voit dans ses assiettes. La cuisine d’Antoine Lopez est précise sans être froide, créative sans chercher l’effet, gastronomique mais profondément ancrée dans le territoire. Elle raconte à la fois un parcours de vie et une région.
C’est le genre de table qui donne envie de revenir voir ce que les jardins auront produit le mois suivant.
Informations pratiques
Château du Rivau, 9 Rue du Château, 37120 Lémeré
Pour réserver au Jardin Secret, vous pouvez contacter le restaurant au 06 58 95 96 92 ou par mail : [[email protected]](mailto:[email protected]). La réservation est obligatoire.
Le restaurant est ouvert du 1er avril au 1er novembre 2026.
Horaires :
Du mercredi au vendredi : le soir, de 19h à 21h30.
Samedi et dimanche : le midi, de 12h à 13h30, puis le soir, de 19h à 21h30.
La visite des jardins et du château, pendant les horaires d’ouverture du site, est gratuite pour les clients du Jardin Secret.















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