
Rannou Métivier Poitiers
La semaine dernière à Poitiers, vous m’avez soufflé une adresse : Rannou-Métivier. J’y suis allée pour une boîte (ou deux 😉) et je suis ressortie avec… une saga familiale. Car derrière ces vitrines sages, il n’y a pas que des douceurs : il y a plus d’un siècle d’histoires de transmission, de choix parfois courageux et, surtout, un petit biscuit craquelé qui a traversé les époques : le macaron de Montmorillon.
Ce que l’on voit à Poitiers… et tout ce que ça raconte
Dans la boutique, on reconnaît immédiatement la “famille” maison. Chaque spécialité a son caractère, son petit rituel, son histoire.
- Le macaron de Montmorillon : c’est l’icône. Une petite rosette dorée, craquelée à l’extérieur et moelleuse à cœur, façonnée à la cuiller comme autrefois. Rien à voir avec le macaron parisien à coques lisses et colorées : ici, pas de crème ni de chichi, juste trois ingrédients (amandes, sucre, blancs d’œufs) et un goût franc.Croquer dedans, c’est croquer dans un héritage. Attention c’est très sucré 🙂 .
- Le macaroné : la déclinaison XXL du macaron. Même texture, même parfum d’amande, mais en grand format, présenté comme une tarte qu’on découpe en parts. C’est le dessert des repas de famille, le gâteau qu’on pose au milieu de la table pour le partager.
- Macarons de Montmorillon
- Macaroné
- Macaroné
- Le broyé du Poitou : un grand sablé beurré et doré, qu’on ne découpe pas mais qu’on casse du poing au centre de la table. Ce geste, à la fois rustique et joyeux, fait partie du plaisir. Chacun attrape un morceau inégal, et c’est justement ce partage improvisé qui fait tout le charme du broyé.
- Broyé du Poitou
- Broyé du Poitou
- Les chardons : les plus espiègles. Une noisette entière, habillée d’une fine couche de pâte d’amande, puis recouverte d’un chocolat bleu nuit. Croquer dans un chardon, c’est une succession de textures : le croquant de la noisette, le fondant de l’amande, la douceur du chocolat.
Et visuellement, ces petites billes bleutées intriguent autant qu’elles séduisent : une vraie signature Rannou-Métivier.

Chardons
À cela s’ajoutent toutes les créations développées par Patrick Bertrand, passionné de chocolat : ganaches onctueuses, pralinés craquants, pavés généreux, guimauves moelleuses, croquets secs parfaits pour le café, brownies fondants… Une gamme complète qui accompagne le macaron sans jamais l’effacer.
Chaque produit raconte une facette de la maison :
- le macaron, l’authenticité,
- le macaroné, la générosité,
- le broyé, la convivialité,
- les chardons, l’originalité.
Pourquoi l’amande ? (alors qu’il n’y a pas d’amandiers à Montmorillon)
Bonne question 😏 ! Car non, il n’y a pas d’amandiers dans la Vienne. L’amande arrivait par le commerce méditerranéen, symbole de fête et de raffinement. On en trouve mention dès 1673 dans les registres de la Maison-Dieu (achat de macarons), puis en 1754 dans une commande passée à des religieuses. Au XIXᵉ siècle, les bottins parlent déjà des “biscuits et macarons renommés” de Montmorillon.
Bref, l’amande n’est pas locale, mais elle est devenue l’ingrédient-totem de la spécialité : précieuse, facile à transporter et indissociable de la gourmandise.
Et cette forme craquelée ?
Pas de double coque ici. Le macaron de Montmorillon est dressé à la cuiller, en petites rosettes. La cuisson provoque ce craquelé typique qui en fait la signature visuelle. Un geste artisanal, ancien, efficace devenu emblématique.
- Macarons de Montmorillon
- Poudre d’amandes
Une saga en cinq générations
- 1900 – Madeleine Rannou & Auguste Métivier ouvrent boutique rue de la Poêle à Montmorillon. Lui au fournil, elle au comptoir.
- Années 1920 – Leur fils Marcel reprend, tient le cap dans les années difficiles.
- 1950–1980 – Pierre Bertrand (le gendre) incarne l’âme commerçante : le magasin comme lieu de vie, les clientes par leur prénom, les midis partagés avec les vendeuses. En 1966, il co-fonde même le club des supporters de foot baptisé… les Macarons.
- Patrick Bertrand choisit le chocolat, se forme chez Bernachon à Lyon, invente des machines, modernise, diversifie, mais reste fidèle au macaron.
- Années 2000 : Yann, Lionel & Fabrice Bertrand (avec leurs épouses) forment la cinquième génération : modernisation des ateliers, nouvelles boutiques (dont Poitiers), ouverture à l’international, création d’un verger d’amandiers bio au Maroc pour sécuriser l’approvisionnement.
Patrimoine vivant
En 2003, la famille ouvre le Musée de l’Amande et du Macaron à Montmorillon. On y découvre recettes manuscrites, objets anciens et gestes filmés. En 2007, la maison reçoit le label EPV – Entreprise du Patrimoine Vivant, reconnaissance d’un savoir-faire d’excellence.
Les coulisses qui font la différence
- des épouses impliquées à chaque génération,
- des équipes fidèles (certaines carrières entières dans la maison),
- une exigence de matières premières (amandes entières finement broyées, beurre de qualité, chocolat soigneusement choisi),
- un souci du détail artisanal (rosettes dressées à la main, croquets tranchés un à un, gâteaux garnis manuellement).
C’est cette constance qui explique la longévité et la réputation de la maison.

Macaroné coupé
Montmorillon vs Poitiers : ce que change (ou pas) l’adresse
- Montmorillon reste le berceau, avec ses archives, son musée et son histoire.
- Poitiers, c’est la vitrine contemporaine : on y retrouve le macaron, le broyé, le macaroné, les chardons et toute la culture maison. Pour moi, qui n’avais pas fait le détour jusqu’à Montmorillon, cette boutique a été le raccourci idéal pour goûter à un siècle de transmission.
Questions fréquemment posées
Quelle différence entre un macaron de Montmorillon et un macaron parisien ? Le premier est rustique, craquelé, sans garniture, uniquement à base d’amandes, sucre et blancs d’œufs. Le second est lisse, coloré, garni d’une crème.
Comment se conservent les macarons de Montmorillon ? Ils se gardent plusieurs jours dans une boîte hermétique, à l’abri de l’humidité. Leur texture reste moelleuse grâce à la richesse en amande.
Où acheter les produits Rannou-Métivier ? Dans les boutiques de Montmorillon et Poitiers, sur les marchés de la région et via leur boutique en ligne.
Le musée se visite-t-il ? Oui, à Montmorillon. On y découvre l’histoire de l’amande et du macaron, avec objets anciens, films et démonstrations.
Informations pratiques
Rannou-Métivier – 30, rue des Cordeliers, Poitiers (autres adresses voir site)
- Le site officiel : www.rannou-metivier.com
Ne me demandez pas la recette, elle est secrète 🙂 ! Mais si vous allez dans la région, goûtez !















Ah! ben vous êtes pas allés à Montmorillon pour rien, du coup!
Très joli « reportage », merci beaucoup!
Pour info, quand j’étais petite, à Marseille, ma grand-mère m’achetait souvent un macaron pour le goûter et ça ressemblait plutôt à ceux-là, et pas du tout à ces espèces de biscuits colorés à tous les parfums!!…😂😁
Avec plaisir 🙂
Merci pour ce sublime reportage gourmand ! Il ne nous reste plus qu’à commander pour goûter en attendant d’y aller faire un tour.
Merci Mary 🙂