
Carol Keating
Carol Keating nous attendait devant le restaurant Pichet, à 2 pas de la statue de Molly Malone. Un rayon de soleil, rare, presque suspect, traversait les nuages au moment précis où notre petit groupe se rassemblait. Danemark, Canada, Pays Bas, Belgique, Italie, Suisse, Angleterre… et moi, la Française qui photographie tout ce qui ne bouge.
« Je sais deux choses, nous dit Carol en souriant : nous sommes déjà un peu en retard… et vous mangez non-stop. »
Promesse tenue.
Ce food tour organisé par Fab Food Trails ne propose ni stew traditionnel ni folklore culinaire. Ici, on parle de cuisine irlandaise contemporaine. Celle que les Dublinois mangent vraiment. Celle qui vit.
Trois adresses. Trois arrêts. Trois manières de comprendre une ville.
Ce food tour à Dublin vaut-il le coup ? Oui, surtout si vous aimez découvrir une ville à travers ses artisans, ses produits et ses histoires. Pendant 2h30, on goûte, on marche, on écoute. C’est une excellente porte d’entrée pour comprendre la scène culinaire dublinoise d’aujourd’hui.
Sheridans Cheesemongers : le fromage comme déclaration d’intention

Sherindans Cheesemongers
Première halte chez Sheridans Cheesemongers, institution née à Galway en 1995 avant d’ouvrir à Dublin en 1997, près de Grafton Street. Cette petite boutique est ultra gourmande avec ses fromages alignés comme des petits trésors. Ici, le discours est clair : défendre les fromages fermiers irlandais, longtemps restés dans l’ombre.
Nous commençons par le Gubbeen, venu de West Cork. Pâte souple, croûte lavée, notes végétales avec une légère touche presque cacao en fin de bouche. Il a du caractère, mais sans lourdeur. On comprend immédiatement pourquoi il fait partie des fromages irlandais les plus respectés.
Vient ensuite le Killeen Goat, gouda de chèvre affiné trois mois. Texture souple, presque élastique sous les doigts, douceur lactée qui rappelle le yaourt frais. Rien d’agressif. Même ceux qui « n’aiment pas le chèvre » hochent la tête. Moi la première.
Nous terminons avec le Cashel Blue, bleu irlandais emblématique. Pâte ivoire veinée de bleu, texture crémeuse, équilibre très fin entre puissance et rondeur. Le bleu est présent sans dominer. Élégant, presque soyeux en bouche.
- Killeen goat
- Cashel blue nature
- Gubbeen
- Délice de Bourgogne
Près de 30 % de leur activité se fait avec les restaurants de Dublin. Le fromage irlandais ne se cache plus. Il circule. Il vit. Détail savoureux : leur best-seller reste le Delice de Bourgogne. Comme quoi, les frontières sont parfois très perméables.
Pepper Pot Café : brown bread et lumière parfaite
- Powerscourt
- Powerscourt
- The Pepper pot
- The Pepper pot
Nous entrons dans le Powerscourt Townhouse Centre, élégante demeure du XVIIIe siècle reconvertie en galerie de petites boutiques indépendantes. Les escaliers en bois craquent doucement, la verrière laisse entrer une lumière pâle typiquement dublinoise, et l’ensemble a ce charme un peu hors du temps qui donne envie de ralentir.
Au Pepper Pot Café, l’atmosphère est simple, sans chichi, mais terriblement accueillante. On y sert des soupes, des sandwichs, des gâteaux maison. Rien de spectaculaire sur le papier. Et pourtant, tout donne envie.
On nous apporte du saumon fumé posé sur un pain brun maison, tartiné d’une crème irlandaise bien fraîche, accompagné de pickles de concombre croquants. L’ensemble est franc, équilibré, très gourmand. Je demande à sortir l’assiette pour la photographier : la lumière est bien meilleure dehors. Priorités éditoriales assumées.
Le brown bread irlandais contient de la mélasse, qui lui donne sa couleur sombre et une légère note sucrée. Il est dense, nourrissant, mais jamais lourd. Avec le beurre ou la crème, il devient irrésistible.
Puis arrivent les scones, servis avec une crème fraîche épaisse et une confiture riche en fruits, peu sucrée. La crème irlandaise mérite presque un chapitre à elle seule. Dense, onctueuse, généreuse. On comprend pourquoi elle fait partie de l’identité gourmande du pays.
- Toasts au saumon
- Scones framboises
On quitte le Pepper Pot le sourire aux lèvres et les doigts encore légèrement collants de confiture. Dublin continue de défiler sous nos pas. Les rues s’animent, les conversations se croisent, et Carol en profite pour nous parler de l’évolution de la scène culinaire locale. Moins traditionnelle qu’on ne l’imagine, plus ouverte qu’on ne le croit.
Quelques minutes de marche plus tard, changement d’ambiance. Direction Fallon & Byrne, adresse emblématique d’une Dublin gourmande, curieuse et résolument tournée vers l’ailleurs.
Fallon & Byrne : l’Irlande ouverte et gourmande
- Fallon & Byrne
- Pains irlandais
- Focaccia
- Pains irlandais
Il s’agit d’une grande épicerie fine moderne, avec bar à vin en sous-sol (et toilettes, je dis ça, je dis rien), où les rayons mêlent produits irlandais et trésors venus d’ailleurs. Sardines portugaises, charcuteries espagnoles, fromages français côtoient miels, beurres et viandes locales. L’ensemble respire la gourmandise curieuse.
Les dégustations proposées ce jour-là étaient assez simples (une brochette de chorizo et une tartine de pâté), mais les pains, eux, méritent qu’on s’y attarde. Grandes miches à la croûte épaisse, levains bien développés, parfums de céréales grillées. On sent le travail précis, la fermentation maîtrisée, l’envie de faire du simple très bien. J’ai adoré. Difficile de ne pas repartir avec une tranche sous le bras.
L’endroit incarne une Dublin cosmopolite et assumée. Les produits irlandais y tiennent leur place, pleinement revendiqués, tout en dialoguant naturellement avec le reste de l’Europe.
Ce que ce food tour m’a montré
En trois haltes, Dublin ne m’a pas déroulé un décor de carte postale. Elle m’a simplement invitée à sa table. Trois fromages dégustés debout, un brown bread généreusement beurré, des scones encore tièdes… et une guide passionnée qui parle de sa ville comme on parle d’une amie.
La balade est à la fois détendue et instructive, sans jamais être pesante. On marche tranquillement, on goûte, on écoute. On discute avec un fromager, on apprend pourquoi la mélasse change tout dans un pain, on compare les bleus irlandais avec un sérieux très relatif.
Et sans vraiment s’en apercevoir, on comprend un peu mieux ce que les Dublinois mangent aujourd’hui et pourquoi ils en sont fiers. Pour entrer dans la ville par le bon côté, celui de la gourmandise et des rencontres, difficile de faire plus agréable.
- Fab food trails
- Dublin
- Molly Malone, Dublin
Informations pratiques : Fab Food Trails à Dublin
Si l’expérience vous tente, le food tour est proposé par Fab Food Trails, spécialiste des balades gourmandes à Dublin et à Cork.
La promenade dure environ 2 heures 30, à un rythme tranquille. On visite jusqu’à six adresses différentes (de notre côté, le parcours était réduit à trois haltes), avec des dégustations qui reflètent à la fois la table irlandaise traditionnelle et sa version contemporaine.
Combien coûte un food tour à Dublin et combien de temps dure-t-il ? Voici les informations essentielles pour vous décider.
- Durée : environ 2h30
- Tarif indicatif : 85 € par personne
- Groupes : maximum 12 personnes
- Accompagnement : guides locaux passionnés, spécialistes de la gastronomie
Informations et réservations : www.fabfoodtrails.ie – Contact : bookings@fabfoodtrails.ie
Questions fréquemment posées
Ce food tour est-il adapté aux voyageurs francophones ?
La visite s’est déroulée en anglais, mais le rythme est tranquille et les dégustations parlent d’elles-mêmes. Si vous comprenez l’anglais conversationnel, aucun souci.
Est-ce un bon choix pour une première visite à Dublin ?
Absolument. Cela permet de découvrir plusieurs quartiers, des artisans locaux et de mieux comprendre la culture culinaire de la ville.
Invitation – Voyage de presse















Une belle façon de découvrir une ville, cela change. Je note l’adresse. Nous prévoyons d’aller à Dublin en mai.
Formidable. N’hésite pas à te renseigner sur leur site