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Horta : ces herbes sauvages qui nourrissent la Crète

Grèce Produits et Ingrédients Reportages

Horta

Vlita (l’une des horta)

Il y a des marchés qui, sans en avoir l’air, vous racontent un pays. Celui de Chania, en Crète, par exemple. Pas besoin de pancarte en néon : ici, ce sont les cagettes de légumes, les brouhaha en grec, et des piles de feuilles vertes qui m’ont intriguée.

À première vue, on dirait des épinards un peu décoiffés. Mais en y regardant de plus près, ce sont des χόρτα (horta), ces herbes sauvages typiques de la cuisine crétoise, vendues à la botte, à peine lavées, empilées en vrac.

Un vieux monsieur, avec qui j’ai discuté à coups de sourires et de gestes, m’a soufflé l’essentiel : « olive oil, lemon, always ». Et tout est dit. Les horta ne sont pas juste un ingrédient. Ce sont un pilier de l’assiette crétoise, une philosophie culinaire à elles seules.

Horta, késako ?

Le mot χόρτα signifie littéralement “herbes” ou “verdure”. Mais dans l’assiette, c’est bien plus. Ce terme désigne tout un monde végétal, souvent sauvage ou semi-sauvage, cueilli dans les collines ou cultivé à petite échelle, puis bouilli et servi… tiède, généreusement arrosé d’huile d’olive et de citron.

Parmi les plus connues :

  • Vlita (βλήτα) : l’amarante, aux feuilles tendres et légèrement sucrées
  • Stamnagathi (σταμναγκάθι) : une chicorée sauvage, avec du caractère
  • Zohos (ζοχός) : le laiteron, légèrement amer
  • Radikia (ραδίκια) : les pissenlits des montagnes
  • Galatsída (γαλατσίδα) : une laitue sauvage discrète mais parfumée
  • Stifno (στιφνό) : la morelle noire, à consommer jeune et bien cuite, avec son petit goût végétal franc, entre épinard et herbe de caractère

Toutes riches en fibres, minéraux, antioxydants, et très faibles en calories. De petites merveilles nutritionnelles que les Crétois consomment depuis toujours, longtemps avant que le mot “super-aliment” n’existe.

Et le pourpier dans tout ça ?

En grec, on l’appelle γλιστρίδα (glistrída). Lui aussi fait partie de la grande famille des horta, même si c’est un cas un peu à part.

Pourpier

Pourpier

Le pourpier, avec ses petites feuilles charnues et croquantes, est souvent consommé cru en Crète, dans une salade avec tomate, oignon rouge, un peu de feta et un bon filet d’huile d’olive. Mais on peut aussi le faire sauter à la poêle quelques secondes, ou le glisser dans un plat de horta cuits juste à la fin, pour garder son croquant.

Ce qui le rend particulièrement intéressant ?

Il est très riche en oméga-3 végétaux, ce qui est rare dans le monde des feuilles. Et comme les autres horta, il pousse à peu près partout sans rien demander.

Bref, un outsider discret, croquant, nutritif

Et dans le régime crétois, elles comptent vraiment ?

Oui, et pas qu’un peu. Ce régime, souvent cité en exemple d’alimentation bonne pour la santé depuis les années 1950, repose sur trois piliers : huile d’olive, végétaux, frugalité joyeuse. Et les horta cochent toutes les cases :

  • Elles sont consommées quasi quotidiennement, en plat ou en accompagnement
  • Elles sont très nourrissantes sans être riches
  • Et elles sont le support idéal pour l’huile d’olive, qui sublime leur goût sans les étouffer

Enfin et surtout, elles ont longtemps été gratuites. Cueillies dans la nature, offertes par les collines, les chemins, les bordures de champs. Un savoir-faire populaire, transmis entre générations, entre geste agricole et intuition médicinale.

Comment les préparer ? Rien de plus simple

Ce que j’aime, c’est que cela tient en quelques gestes. C’est une cuisine sans mode d’emploi, mais avec du bon sens :

Commencez par trier les feuilles et retirez les tiges trop dures ou fleuries. Puis, faites-les bouillir à l’eau salée, quelques minutes, pas plus. Ensuite, égouttez et laissez refroidir. 

Il ne vous reste plus qu’à les arroser d’une bonne huile d’olive, de quelques splashs de jus de citron frais (et jamais de vinaigre balsamique, pitié), et à saupoudrer un peu de fleur de sel. Elles se consomment tièdes ou froides

Horta cuites

Horta cuites

On peut les servir avec quelques pommes de terre vapeur, un œuf poché ou un morceau de féta. Mais ce n’est même pas nécessaire. Les horta se suffisent à elles-mêmes

Petite précision :

Elles ne se mangent jamais crues. Certaines sont amères, d’autres un peu irritantes à l’état brut. La cuisson les rend tendres, digestes et délicieuses.

Une cuisine pauvre ? Pas du tout. Une cuisine savante

Les horta incarnent parfaitement l’esprit du régime crétois : manger peu, mais manger bien. Valoriser ce que la nature offre, à la bonne saison. Faire simple, mais bon. Elles témoignent d’un rapport au végétal qu’on a un peu perdu : humble, intuitif, respectueux.

Et si, sans copier, on s’en inspirait ?

Alors non, les vlita ou le stamnagathi ne pousseront probablement pas dans votre potager en Normandie. Mais ce que racontent les horta, c’est autre chose. C’est un rapport au végétal plus libre, plus humble, plus enraciné. Une manière de considérer les herbes non pas comme une décoration ou une salade d’appoint, mais comme un vrai plat, à part entière.

Et ça, on peut tout à fait s’en inspirer.

Chez nous aussi, on a des herbes mal-aimées ou oubliées : orties, pissenlits, fanes de radis, feuilles de betterave, chénopode bon-Henri (oui cela existe, c’est un épinard sauvage)… Toutes ces plantes qu’on regarde parfois de travers et qui, bien préparées, ont pourtant beaucoup à offrir.

Il suffirait d’un peu de curiosité, de quelques gestes simples, et d’un bon filet d’huile d’olive pour que ces feuilles retrouvent leur place à table.

Pas besoin de reproduire la Crète feuille pour feuille. Mais on peut, peut-être, remettre un peu de vert vrai dans nos assiettes, et de saison dans nos envies.
 

En conclusion : manger des horta, c’est un peu manger la Crète

C’est croquer un paysage. Avaler un bout d’histoire. C’est une cuisine sans discours, sans poudre magique, mais avec du sens, de la saison et de la simplicité.

Le régime crétois, ce n’est pas un régime. C’est une culture. Et les horta en sont la plus verte, la plus modeste et peut-être la plus précieuse des expressions.
 

Allez on en discute ?
Les 2 derniers commentaires
  • Cerisette a écrit le 15 mars 2026

    Bonjour,
    J’ai utilisé le pourpier dans la soupe avec un reste d’épinards, de persil et des fanes frais de radis. J’ai ajouté 2 pommes de terre et une grande carotte. Servie avec une larme de crème fraîche. C’était très bon. Mon mari qui est difficile en repris. C’est pour dire !!!!

    • Anne a écrit le 15 mars 2026

      Merci Cerisette. Je susi ravie que ce plat ait eu autant de succès;

  • ClaudeB a écrit le 24 août 2025

    Bonsoir Anne. Je donne des nouvelles de mes essais de pourpier sauvage à la poêle, inutile de te dire que j’ai été la seule à goûter, ils ont cru que j’avais péter les plombs. …. D’habitude on le donne aux poules , même pas dans le compost ça fait des boutures vitesse V, alors dans l’assiette…. même bien cuisiné avec un sirtaki en musique de fond, .. Un succès.. j’aurais essayé, . Bonne semaine.

    • Anne a écrit le 25 août 2025

      mdr 🙂 Argh, on ne peut pas tout aimer non plus 😉 Merci de ton retour en tout cas

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Anne Lataillade
Fondatrice de Papilles & Pupilles
Autrice culinaire à Bordeaux

Depuis 2005, je raconte la cuisine telle que je la vis au quotidien : des recettes fiables, de saison, simples et savoureuses, mais aussi des coups de cœur, des produits que j’aime… et des escapades gourmandes qui donnent envie de passer à table.

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Anne Lataillade

auteure enthousiaste et passionnée
de Papilles et Pupilles

Je m'appelle Anne, je vis à Bordeaux et je suis depuis 2005 celle qui partage sur ce blog recettes, coups de cœurs, voyages et reportages. Cliquez ici si vous voulez en savoir plus sur moi.

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