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Eric Apathie, agriculteur engagé

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Eric Apathie

Eric Apathie

Il s’appelle Eric Apathie et je le croise de temps en temps au hasard de mes pérégrinations bordelaises. La dernière fois que je l’ai vu, c’était début mars, juste avant le confinement, lors d’une manifestation organisée par la région. Il y recevait un prix pour son blé rouge de Bordeaux, nommé sentinelle du goût de Nouvelle Aquitaine. Nous avions évoqué cette visite et paf, le covid. Bref, ce n’est que la semaine dernière que je me suis rendue chez lui, à Ambarès-et-Lagrave à une vingtaine de minutes de Bordeaux.

Ce qui caractérise Eric, c’est la passion qui l’anime. Agriculteur engagé, il est convaincu par la nécessité d’évangéliser, de parler de son métier, de raconter pourquoi il cultive en bio. Tous les lundis sur RV hors saison et sans RV à 11h30 en saison (toujours le lundi), il accueille les visiteurs et prend le temps d’expliquer son métier à la fois d’agriculteur et de meunier.

Ici en Nouvelle Aquitaine explique-t-il on ne cultive en bio que du blé tendre (triticum aestivum) et non du blé dur (triticum vulgare). La raison en est climatique. Il pleut et il fait chaud ce qui favorise le développement des champignons. En plus nous ne pouvons pas choisir des blés de nouvelle génération. Nous devons nous tourner vers des variétés rustiques de blé tendre, plus résistantes aux maladies car en bio, nous ne pouvons pas traiter (en agriculture conventionnelle ils font jusqu’à 8 traitements). Ces blés anciens sont appelés des blés de population. Evidemment le rendement n’est pas du tout le même. Pour vous donner une idée, en conventionnel, on récolte 10 tonnes/hectare, en bio 5 tonnes/hectare et avec mon blé rouge bio, je suis à 2 tonnes/hectare.

Pourquoi ces blés nouvelle génération sont-ils apparus ? 

A cause de la boulangerie moderne. Le boulanger veut se lever plus tard et gagner du temps. Il a des impératifs économiques. Avec des blés anciens on ne peut pas faire vite, la pâte a besoin de pousser lentement pour développer des arômes et être plus digeste. Pour pouvoir faire du pain en 2 ou 3 heures, le blé moderne est anormalement enrichi en gluten et c’est la raison pour laquelle se développent tant d’allergies et d’intolérances. Ces glutens qui sont ultra élastiques (un peu comme un chewing-gum) ne sont pas coupés par les enzymes sécrétées par le pancréas. On n’a pas du tout ce problème avec ceux qui sont contenus dans les blés anciens comme le blé rouge de Bordeaux. Le gluten certes s’étire mais ensuite casse. On peut ainsi le digérer.

Pourquoi avez-vous choisi de cultiver le blé rouge de Bordeaux ?

Parce que c’est le blé local ancien. Quand il est sec ses tiges sont jaunes et ses épis ont des teintes rouges car ils sont riches en carotène. Le blé rouge mesure 1,75 mètre de haut. Quand il y a du vent il se couche. C’est pour cela qu’il a été délaissé au profit de blés modernes plus petits avec un meilleur rendement.

Blé rouge de Bordeaux

Blé rouge de Bordeaux

Où se situe votre propriété ?

Ma propriété se situe dans le Lot et Garonne, le long de la Garonne. Mes terres sont hors du commun, très riches grâce à leur sol alluvionnaire. Pour la plante c’est un énorme garde-manger. Quand il pleut il est très drainant et quand il fait très chaud, la proximité de la Garonne fait que je peux arroser. Le résultat est un blé qui pousse sans stress. Le terroir est très important pour la culture, pour le blé comme pour le vin. Et on ne peut pas non plus en faire pousser partout.

Pouvez-vous m’expliquer la vie du blé, du semis jusqu’à la récolte.

Comme je suis en agriculture biologique, je pratique la rotation des cultures sur 7 ans. Cette technique permet d’éviter les maladies et l’enherbement. Le sol ne doit jamais être nu ce qui est le pire pour le développement d’herbes indésirables

  • Années 1 et 2 : Avant de planter le blé, il faut préparer sa venue. Comme il est très consommateur d’azote, les 2 années précédent sa plantation je mets du trèfle qui a deux particularités : il est pourvoyeur d’azote et il colonise tout. Il occupe l’espace. Le planter est une manière d’empêcher le développement sur mes parcelles d’herbes indésirables comme le chardon.
  • Année 3 : On sème le blé, à la Toussaint. Il germe et grosso modo, vers le 20 décembre il mesure 4 à 5 cm de hauteur. Je le désherbe grâce à un outil qui s’appelle une herse étrille. Je l’utilise régulièrement jusqu’en avril. Après ce n’est plus possible car le blé est trop haut et je ne peux plus passer avec mon tracteur. En mai, le blé continue de pousser et en juin, avec les grosses chaleurs, il commence à faiblir. Il est sur la pente descendante biologiquement. Et là, toutes les mauvaises herbes en profitent pour se développer. Elles seront présentes lors de la moisson qui aura lieu vers le 14 juillet.  Pour que je puisse récolter le blé dans des conditions optimales, il faut qu’il ne contienne que 13% d’humidité (14% en conventionnel).
  • Année 4 : Je plante du lentillon rose aussi appelé lentillon de la Reine. Ce n’est pas un hybride comme la lentille du Puy ou du Berry, c’est une variété ancienne. Elle est intéressante car très couvrante. Le soleil ne peut pénétrer et cela freine le développement des mauvaises herbes, l’ennemi de l’agriculteur bio. Elle a besoin d’un tuteur pour pousser, un peu comme pour le haricot Tarbais et le maïs. Je la plante donc en même temps qu’un seigle, lui aussi de population. Si je prenais un seigle nouvelle génération, cela ne conviendrait pas. Ses tiges et ses feuilles sont tellement larges que le lentillon ne pourrait plus s’enrouler autour du végétal.
Lentillons

Lentillons

  • Année 5 : Je plante par exemple du colza qui a des racines qui travaillent profondément le sol. Je peux aussi mettre des tournesols ou du soja.
  • Année 6 : C’est l’année du sarrasin qui est elle aussi une plante très couvrante et qui empêche le développement des mauvaises herbes.
  • Année 7 : Et enfin je plante du Tournesol.

Merci Eric.

Dans un prochain article, je vous en dis plus sur son activité de meunier. Et de la même manière qu’il existe une différence énorme entre blés modernes et blés anciens, il existe des différences dans les techniques qui permettent de moudre le blé. Et ce n’est pas neutre puisque cela modifie notamment la composition et les qualités organoleptiques de la farine. A suivre donc 🙂 .

Maison Apathie – 100 bis Avenue de la Libération, 33 440 Ambarès-et-Lagrave

Ouvert toute l’année sur RV et du 13 juillet au 31 août tous les lundis à 11H30 sans RV. Adultes : 5 € / De 6 à 18 ans : 2,50 € et moins de 6 ans, gratuit.
Possibilité de déjeuner et d’acheter sur place (pizza, pâtes, crêpes, farine, son, lentillons etc). De nombreux ateliers sont également organisés sur place. Vous trouverez toutes les informations sur son site web : www.maison-aphatie.fr

Une visite passionnante !

Allez on en discute ?
Les commentaires
  • myriam a écrit le 1 juillet 2020

    Bonjour Anne
    Que dire que je ne partage pas à avec toi et tout ce que tu transmets….
    Après les années 1980 ou l’intensif étaient déjà de mise , puis les années 2000, on en est toujours au même point!!!
    Heureusement, depuis toujours, ils existent encore des gens_ passionnés et passionnant _ qui tels Astérix et Obélix ,; des irréfutables,qui n’ont pas voulu céder à l’ennemi_ ont compris que seul l’agriculture raisonné ( c’est le terme d’aujourd’hui), je préfère dire une agriculture en accord avec le temps, les saisons et sa façon de vivre permettra une maturité des animaux ou des céréales à bon terme et avec le respect de la nature , de la terre nourricière et de sa production.
    Nos aÏeux avaient bien compris ça!!!
    Avé Anne
    bises

    • Anne a écrit le 1 juillet 2020

      Merci Myriam 🙂 Comme tu dis, il existe des gens passionnés, des irréductibles, des passionnés qui donnent leur temps, leurs compétences. Heureusement qu’ils sont là.

      • Barbara a écrit le 3 juillet 2020

        tout à fait d’accord avec vous 2
        bravo à lui
        merci à toi Anne de nous le faire connaitre
        et ensuite (dans la mesure du possible) à nous d’agir – jouer le jeu- être responsables aussi dans nos achats ….

      • Barbara a écrit le 3 juillet 2020

        c’est ce genre de blé que je plante pour la Ste Barbe (en Provence le 4décembre) rien à voir en effet (il m’est donné par une voisine agricultrice)

  • Claudine a écrit le 1 juillet 2020

    Visite passionnante et reportage tout aussi intéressant.
    Merci Anne
    J’avais une question mais j’attends la suite avec impatience.
    Bonne après-midi

  • my ky a écrit le 1 juillet 2020

    Rien à dire : très instructif comme d’habitude.
    Zoux

    • Anne a écrit le 1 juillet 2020

      Bisous My Ky bonne soirée 🙂

      • Barbara a écrit le 3 juillet 2020

        @My Ky tout à fait!
        GROS bisous
        à bientôt

  • annie35 a écrit le 1 juillet 2020

    Reportage passionnant ! Quel réconfort de savoir que certains travaillent en fonction de la nature. Il faut la soigner notre chère terre pour la laisser en bon état aux générations futures. Je vais tout relire minutieusement en attendant la suite !! Ce soir, salade et ciboulette du jardin , les tomates arrivent !!

    • Anne a écrit le 1 juillet 2020

      Merci Annie 🙂

      • Barbara a écrit le 3 juillet 2020

        super @Annie !
        ici aussi les tomates ……… rougissent !

        bonne journée

  • Christelle a écrit le 1 juillet 2020

    Coucou Anne, voilà une belle mise à l’honneur bien méritée !!
    Dommage que je n’habite pas plus près, je serais allée visiter cette Maison Apathie ! Le reportage sur le métier de meunier de cette famille va être aussi très intéressant !!
    Bonne fin de soirée à tous !

    • Anne a écrit le 2 juillet 2020

      Merci Christelle 🙂

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