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L’allergie – une pathologie souvent pas prise au sérieux

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Allergie saisonnière ©InesBazdar shutterstock

Allergie saisonnière ©InesBazdar shutterstock

Une interview du professeur Zuberbier réalisée dans le cadre de la soirée Thema Arte sur les allergies du 28/03/2006.

En Europe, environ 30 % de la population est sujette à des allergies. Selon des estimations, une personne sur deux sera touchée d’ici à 2010 ! En dépit de cette augmentation dramatique, cette pathologie n’est souvent pas prise au sérieux. Le professeur Zuberbier s’exprime sur les conséquences d’une telle minimisation du problème et sur les orientations actuelles de la recherche en allergologie.

Professeur ZuberbierLe professeur Zuberbier dirige le service d’allergologie de la clinique de dermatologie, vénérologie et allergologie de l’hôpital berlinois de la Charité. Il est également le Président de la Fondation européenne pour la recherche sur les allergies (ECARF).

ARTE : On parle beaucoup de la montée en puissance des allergies : cette explosion ne traduit-elle pas en fait les progrès réalisés en matière de diagnostic ?

M. Zuberbier : Non. Des études comparatives ont indubitablement confirmé la forte augmentation des allergies au cours des vingt dernières années. Toutes allergies confondues, qu’il s’agisse d’allergies respiratoires comme le rhume des foins et l’asthme, d’allergies de type immédiat comme les allergies aux venins d’insecte, d’allergies alimentaires ou d’allergies médicamenteuses, il est devenu certain qu’un Européen sur deux a déjà eu affaire à l’une ou l’autre sorte d’allergie.

Comment s’explique cette montée en flèche ?

Elle s’explique surtout pour les allergies respiratoires : ces vingt dernières années, la période de pollinisation s’est considérablement rallongée dans l’Europe tout entière – vraisemblablement à la suite du réchauffement climatique – son intensité a été multipliée par 20. De ce fait, la végétation a connu des changements sensibles en Europe ; à titre d’exemple, l’ambroisie (Ambrosia artemisiifolia) ou petite herbe à poux, véritable menace allergique pour les personnes les plus sensibles, est bien plus répandue dans le Nord que dans le passé.

Une autre hypothèse est celle de l’évolution des conditions d’hygiène en l’espace de 50 ans. Dans les pays émergeants, les populations sont souvent en contact avec de dangereuses bactéries intestinales, ce qui les protégent à l’évidence des allergies. Quant aux enfants qui grandissent à la ferme, durant la première année de leur vie, ils sont en contact quotidien pendant trois heures au moins avec les animaux de l’étable, ils boivent du lait non pasteurisé (en contrepartie, ils risquent d’attraper la tuberculose) et développent moins d’allergies.

Un autre facteur dont il est beaucoup question est celui des particules fines que sont les pollens. Ils sont agressifs et le système immunitaire les détecte plus facilement quand les plantes poussent à proximité de routes très fréquentées. En outre, si les conditions climatiques sont défavorables, les plantes produisent certaines substances qui rendent les pollens plus agressifs.

Certains allergologues se plaignent du peu d’importance accordé aux allergies. La faute en revient-elle aux patients ou à la mauvaise formation des médecins ?

En Allemagne, quand il est question d’allergies respiratoires, la réaction est souvent la suivante : « d’accord, c’est embêtant, mais on n’en meurt pas ! ». On place souvent l’allergie au même niveau qu’un simple rhume. Malgré la prévalence très élevée des allergies et leur classification par l’OMS au rang des maladies graves, beaucoup de médecins ne les prennent pas vraiment au sérieux. Les médias ont eux aussi leur part de responsabilité dans cette désinformation. Certes, ils évoquent régulièrement les allergies, mais souvent de manière négative en annonçant « il n’y a rien de neuf », au lieu d’indiquer qu’il existe désormais des traitements très efficaces contre certaines allergies…

Quelles sont les conséquences de cette tendance à minimiser la gravité des allergies ?

Les ventes de médicaments montrent qu’en Europe, seuls 10 % des patients qui souffrent d’allergies par inhalation sont soignés de manière optimale. Si une allergie n’est pas traitée, elle a d’abord un impact très important sur les performances du patient : quand on a « la tête dans le coton », on travaille évidemment au ralenti. Des tests ont prouvé que chez les enfants dans cette situation, la capacité d’apprentissage peut diminuer de 30 %. Un rhume allergique non soigné débouche dans 40 % des cas sur un asthme allergique, ce qui peut provoquer des lésions pulmonaires durables. Cela diminue l’espérance de vie et gonfle les coûts de la santé publique. Selon des estimations prudentes de la Commission européenne, les allergies induiraient chaque année 25 milliards d’euros de coûts indirects en Europe.

Une allergie finit-elle par disparaître d’elle-même ?

En principe oui, mais c’est plutôt rare. Il est donc conseillé de traiter les symptômes en plaçant le patient sous observation. Mais s’il est clair qu’on est en présence d’une allergie, il est impératif de s’attaquer aux causes en proposant au patient un traitement d’hyposensibilisation.

Jusqu’à quel âge peut se déclencher une allergie ?

Traditionnellement, on part du principe que les allergies dites de type immédiat comme le rhume des foins et l’asthme se déclenchent essentiellement dans l’enfance, l’adolescence et au début de l’âge adulte, alors que les allergies dites de type retardé comme les eczémas allergiques de contact surviennent de plus en plus fréquemment à partir de l’âge de 40 ans. Or, un nombre croissant de personnes développe un rhume des foins pour la première fois à l’âge de 60 ou 70 ans. Un sujet actuellement sexagénaire a bénéficié dans la période d’après-guerre d’un autre type de soins que les enfants qui naissent à notre époque. Apparemment, cette immunisation ne dure pas une vie entière.

Existe-t-il un rapport entre les allergies et le psychisme ?

Chez toutes les pathologies allergiques, ce rapport existe dans la mesure où des troubles psychiques peuvent aggraver la réaction allergique ; toutefois, ils n’en sont jamais la cause. Cela vaut en particulier pour la névrodermite et les démangeaisons cutanées. C’est pourquoi les programmes de formations au traitement de l’asthme et de la névrodermite s’adressent également aux psychologues.

Un grand nombre de patients ne jurent que par les méthodes de médecine douce, notamment l’homéopathie et l’acupuncture. Existe-t-il une coopération entre les différentes écoles et quelle place accordez-vous à la médecine douce ?

Nous qui représentons la médecine classique sommes ouverts à toutes les méthodes – l’essentiel, c’est qu’elles fassent l’objet de tests réalisés selon des critères équitables. Il faut toutefois se demander si le patient est prêt à payer de sa poche une consultation qui n’est souvent pas prise en charge par les caisses de maladie. Les antihistaminiques modernes n’ont pas d’interactions et sont très bien supportés. Parmi les traitements alternatifs, on trouve des offres sérieuses, mais aussi beaucoup de charlataneries, comme par exemple le traitement par biorésonnance. Pour l’acupuncture, il est prouvé que son action sur les allergies est similaire à celle d’un traitement symptomatique – mais elle est bien plus onéreuse ; de plus, son action ne perdure pas au-delà du traitement. En revanche, l’homéopathie n’a pas fait ses preuves sur le rhume des foins et la névrodermite.
Les remèdes maison peuvent aussi s’avérer efficaces. Pour lutter contre les allergies respiratoires, il est très important que le patient fortifie ses organes respiratoires et pratique une activité sportive. Le patient est tout à fait en mesure d’influer de manière positive sur le cours de sa maladie.

Dans quels domaines peut-on s’attendre à des innovations ?

C’est sur l’hyposensibilisation que les progrès les plus importants sont réalisés actuellement. Confronté à une allergie, un système immunitaire intact risque de se retourner contre des substances en fait non dangereuses. Grâce aux dernières découvertes sur le fonctionnement du système immunitaire, il sera possible d’améliorer encore le traitement d’hyposensibilisation. Un second domaine de recherches qui suscite beaucoup d’espoirs porte sur les processus inflammatoires à l’intérieur du corps et sur la possibilité d’en stopper certains de manière très sélective. Certains médicaments vendus sous forme de crèmes et d’onguents contiennent déjà les inhibiteurs topiques de calcineurine (tacrolimus et pimecrolimus) qui bloquent l’activation d’une des catégories de globules blancs, les lymphocytes T.

Vous présidez la Fondation européenne pour la recherche sur les allergies. A votre avis, quelles sont les initiatives à prendre au niveau européen ?

Je pense qu’il est essentiel de sensibiliser la population à la gravité des allergies. L’idéal serait notamment qu’une personne souffrant d’une hypersensibilité alimentaire ait un choix varié quand elle va au restaurant…
En outre, nous avons mis au point un « label anti-allergène » que nous décernons, sur demande, aux produits conformes à des critères de qualité. L’industrie agro-alimentaire notamment devrait veiller à ne pas « polluer » ses produits. Certains allergènes que l’on ne soupçonne pas dans les aliments sont en fait très dangereux pour les personnes hypersensibles.
Or, comme les fabricants veulent se protéger, ils mentionnent volontiers « le produit X peut contenir des traces de… », ce qui prive inutilement les personnes allergiques d’un grand nombre de produits.

Propos recueillis par Nicola Hellmann

Source : Arte

Allez on en discute ?
Les commentaires
  • Gracianne a écrit le 5 avril 2006

    C’est passionnant, je viens de lire l’article de bout en bout. Nous n’avons pas pour l’instant de probleme d’allergie alimentaire, mais par contre rhinites chroniques de presque toute la famille et eczema de la petite, font que je commence a m’interesser a la question.

  • bob a écrit le 29 juin 2006

    Dommage d’avoir des allergies alimentaire avec les bonnes recettes que l’on voit défiler ici…miam miam
    super blog bravo continuez

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