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Comment faire une pizza napolitaine maison

Pizza Margherita

Pizza Margherita

Je me suis rendue à la pizzeria La Tradizione, à Bordeaux, pour un atelier culinaire consacré à la pizza napolitaine. Et pas avec n’importe qui : Antonio de Fabbio, chef propriétaire de l’établissement, est champion de France de pizza napolitaine. Autant vous dire que j’ai écouté avec application. J’ai même pris des notes. Oui, oui, comme à l’école, mais avec une meilleure odeur dans la salle.

La pizza napolitaine maison, c’est une affaire de simplicité, de patience et de bons gestes. Une pâte bien travaillée, une longue fermentation, une garniture courte mais impeccable, et une cuisson la plus chaude possible. Rien de très compliqué sur le papier, mais chaque détail compte. C’est là que cela devient passionnant.

Bien sûr, à la maison, nous n’avons pas tous un four professionnel qui grimpe à des températures infernales. Le but ici n’est donc pas de prétendre reproduire exactement les conditions d’une pizzeria napolitaine, mais de s’en approcher le plus possible avec une recette adaptée à nos cuisines. Antonio m’a donné les grands principes, et je vous les transmets en version maison, avec des quantités raisonnables. Parce que préparer 47 pâtons dans sa cuisine familiale, c’est sympathique deux minutes, mais après il faut pousser les murs.

La pizza napolitaine obéit à des règles très précises. L’Associazione Verace Pizza Napoletana détaille d’ailleurs les critères de la vraie pizza napolitaine. On parle notamment de pâte, de fermentation, de façonnage à la main et de cuisson très rapide dans un four extrêmement chaud. Pour la farine de type 00, on en trouve maintenant assez facilement en épicerie italienne, en ligne, ou parfois dans certaines grandes surfaces bien fournies.

Ingrédients

Temps de préparation : 40 minutes - Temps de cuisson : 5 minutes - Temps d'attente : 24 heures

Pour 4 pizzas de 250 g chacune, soit environ 30 cm de diamètre :

Pour la garniture (version Margherita) :

Préparez la pâte, 24 heures à l’avance

Dissolvez la levure dans l’eau à température ambiante. Ajoutez 60 g de farine et mélangez pour obtenir une pâte liquide. Incorporez progressivement le reste de la farine, tout en pétrissant. Ajoutez le sel à mi-parcours.

Il faut pétrir jusqu’à obtenir une pâte lisse, souple et élastique. Si vous pétrissez à la main, comptez 15 à 20 minutes de pétrissage énergique. Si vous utilisez un robot, pétrissez 10 minutes en vitesse lente, puis 3 minutes en vitesse un peu plus rapide.

Le repos de la pâte : ne soyez pas pressés

Le repos, c’est le nerf de la guerre. Une pâte à pizza napolitaine ne se brusque pas. Après le pétrissage, laissez-la d’abord reposer 30 à 40 minutes à température ambiante, le temps qu’elle se détende.

Placez ensuite la pâte dans un bac fermé ou dans un saladier couvert, sans fermer de manière totalement hermétique. Laissez-la reposer toute la nuit à température ambiante. Oui, toute la nuit. Pas de frigo ici, on laisse le temps travailler tranquillement pendant que vous faites autre chose. Dormir, par exemple. Activité sous-estimée.

Le lendemain, divisez la pâte en 4 pâtons d’environ 250 g chacun. Formez des boules, déposez-les dans un bac légèrement fariné ou huilé, couvrez-les, puis laissez-les encore reposer 7 à 8 heures à température ambiante.

Pâtons

Pâtons

Au total, on arrive à environ 24 heures de repos. C’est ce temps long qui aide la pâte à développer sa texture souple, légère et plus digeste. Le résultat attendu : une pâte facile à étirer, avec un bord qui pourra bien gonfler à la cuisson.

Préparez la sauce tomate

Mixez rapidement les tomates San Marzano avec une pincée de sel et un filet d’huile d’olive. Pas besoin de cuire la sauce : on garde le goût simple, frais et direct de la tomate.

Si votre conserve est très liquide, égouttez légèrement les tomates avant de les mixer. Une sauce trop aqueuse détrempe vite la pâte, surtout dans un four domestique où la cuisson dure plus longtemps qu’en pizzeria.

Façonnez la pizza

Étalez la pâte avant de la garnir. Et là, je vous ai ramené une vidéo explicative. C’est toujours plus parlant quand on voit le geste :

Sur un plan légèrement fariné, déposez un pâton et étalez-le avec les mains, en poussant doucement du centre vers l’extérieur. Il ne faut pas utiliser de rouleau à pâtisserie. Le rouleau écraserait les bulles d’air que l’on a patiemment fabriquées pendant la fermentation, et ce serait dommage. Après 24 heures d’attente, on ne va pas saboter l’affaire à la dernière minute.

Formez un disque d’environ 30 cm de diamètre, avec un bord un peu plus épais. Ce bord, c’est le fameux cornicione. C’est lui qui doit gonfler à la cuisson et donner cette croûte moelleuse, alvéolée, légèrement marquée par la chaleur.

Garnissez la pizza : simplicité avant tout

La magie de la pizza napolitaine tient à sa simplicité. Pas de surcharge, pas de triple couche de fromage, pas de garniture façon vide-frigo du dimanche soir. Ici, on mise sur peu d’ingrédients, mais de bons ingrédients.

Pour une pizza Margherita, étalez une fine couche de sauce tomate sur la pâte, sans noyer le centre. Ajoutez la mozzarella bien égouttée, quelques feuilles de basilic, un peu de Parmesan ou de Pecorino, une pincée de sel si besoin, puis un filet d’huile d’olive.

La pizza Margherita est l’un des grands symboles de la pizza napolitaine. Selon la tradition, son nom viendrait de la reine Margherita de Savoie. En 1889, lors d’une visite à Naples, le pizzaiolo Raffaele Esposito aurait préparé une pizza aux couleurs de l’Italie : rouge pour la tomate, blanc pour la mozzarella, vert pour le basilic. L’histoire est jolie, même si les légendes culinaires aiment parfois se faire un petit brushing avec le temps.

La cuisson : le point délicat à la maison

Le secret d’une pizza napolitaine réussie réside dans une cuisson très chaude et très rapide. En pizzeria, elle cuit en général autour de 90 secondes dans un four qui peut monter à environ 450°C. C’est cette chaleur intense qui permet au cornicione de gonfler très vite, tout en gardant une pâte souple et parfumée.

Certains fours à pizza maison permettent aujourd’hui d’atteindre des températures beaucoup plus élevées qu’un four classique. C’est l’idéal si vous préparez souvent des pizzas, mais ce n’est pas obligatoire pour se faire plaisir. Avec un bon préchauffage, une pierre ou une plaque bien chaude, on obtient déjà un très joli résultat.

À la fin, une pizza napolitaine reste souple, parfumée, avec un bord bien développé. Elle ne doit pas être sèche ni cassante. Elle ne ressemble pas à une pizza romaine fine et croustillante : ce n’est pas le même style, ni la même texture.

Cuisson dans un four domestique

Préchauffez votre four à 250-280°C, avec une pierre à pizza ou une plaque en fonte placée à l’intérieur. Laissez chauffer au moins 30 minutes. Ce préchauffage long est important : la pierre ou la plaque doit être brûlante pour saisir la pâte dès le contact.

Enfournez la pizza sur la pierre chaude et faites cuire 5 à 7 minutes, en surveillant. Si votre four le permet, vous pouvez terminer par 1 minute sous le grill pour vous rapprocher un peu de l’effet d’un four très chaud.

Si vous n’avez ni pierre, ni plaque en fonte, préchauffez le four à 250°C, chaleur statique si possible, avec une plaque classique à l’intérieur. Préparez votre pizza sur une feuille de papier sulfurisé, puis glissez-la rapidement sur la plaque chaude. Faites cuire 7 à 10 minutes, en surveillant bien. Ce ne sera pas exactement la même chose qu’en pizzeria, mais ce sera déjà très bon. Et parfois, très bon, c’est une ambition parfaitement respectable.

En conclusion

Vous l’aurez compris, la pizza napolitaine maison ne se résume pas à une pâte, de la sauce tomate et du fromage. Ce qui change tout, c’est la pâte, le temps de repos, le façonnage à la main et la cuisson. C’est un plat simple, mais pas simpliste. Nuance importante, surtout quand on a passé 24 heures à attendre ses pâtons comme s’ils allaient annoncer les résultats du bac.

À La Tradizione, Antonio de Fabbio applique ces gestes avec une précision impressionnante. Voir travailler un champion de France de pizza napolitaine permet de comprendre ce que l’on cherche ensuite à reproduire chez soi : une pâte vivante, une garniture sobre, une cuisson franche, et cet équilibre très particulier entre moelleux, parfum et légèreté.

Et si vous n’êtes pas puriste, ce n’est pas grave. Vous découvrirez surtout une pizza qui réconcilie tout le monde. Ce qui, en période de débats familiaux sur “ananas ou pas ananas”, n’est déjà pas rien.

Buon appetito !