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Oui à l’ail

Ca pourrait passer inaperçu mais un mouvement d’intérêt national va naître ces prochains jours pour protéger un monument de la culture nationale. L’ail français, en effet, est en danger, menacé par l’expansionnisme chinois qui tire le bulbe vers le prix plancher

Les 2 200 exploitations du pays n’acceptent pas ce déclin sournois où devrait régner un empereur. Parfumeur de salades, ami des potées, fidèle soutien du gigot d’agneau et du rôti bardé, moteur de l’anchoïade et de l’aïoli, l’ail est un hôpital de campagne. Servi en soupe aux jeunes mariés le matin même de la noce, il aurait toujours assuré au couple vigueur et fertilité. Henri IV, baptisé à l’ail par son grand-père, en avalait dès l’aube pour rendre un hommage appuyé aux femmes qu’il croisait. La vérité, c’est que à l’exception notoire du slow de nombreuses activités humaines sollicitent son utilisation intensive. Nous manquons d’ail et nous n’osons pas nous le dire. L’ail répond à nos angoisses parce qu’il est antiseptique, anticancérigène, antibactérien, anticholestérol, diurétique, vermifuge et pas cher. Il tient à distance l’athérosclérose cardiovasculaire, lutte contre la congestion, l’éternuement prolongé, le rhume des foins, la bronchite et la toux, combat diarrhées et flatulences, active la sécrétion gastrique, assomme l’ascaride lombricole et fait le miel de l’hypotendu.

L’ail est une réponse au trou de la Sécurité sociale. Sans compter que, pendant longtemps, de nombreux peuples adultes ont considéré qu’il repoussait les sorcières, les voleurs et surtout les méchants et les envieux. Ainsi, Sarkozy pourrait être le premier homme politique des pays développés à proposer la mise en place d’un ministère de l’ail, épaulé par un secrétariat d’Etat à la vérité sur l’ail. C’est pour cela que rien n’est perdu.
Christian Seguin – Sud Ouest – 12/09/2005