Vendredi 16 novembre 2007…
7h30 : Le réveil sonne. J’ouvre un œil et aussitôt tout me revient à l’esprit. C’est aujourd’hui que je vais à Cordeillan-Bages pour un reportage avec M6.
7h31 : Mais pourquoi ai-je accepté cette galère ?
7h32 : Je me lève, j’ai mal au ventre.
7h40 : Je suis sous la douche et j’essaie de me noyer. Sans succès.
7h50 : Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir mettre ?
7h55 : J’ai encore mal au ventre.
8h00 : J’essaie de grignoter un peu mais cela ne passe pas.
8h15 : Et si je disais que je suis malade ?
8h30 : Quand faut y aller, faut y aller.
8h43 : Je prends mon panier et monte dans ma voiture.
9h01 : Rocade, sortie 7. Je conduis dans une espèce de brouillard cotonneux.
9h34 : Listrac-Médoc. Je m’approche. Qu’est-ce qu’elles sont belles les vignes en cette saison.
9h36 : J’ai encore mal au ventre.
9h50 : Panneau Bages. Je vais passer par là, je suis sûre de retrouver.
9h52 : Pauillac. M*rde, je suis perdue. Où il est ce fichu château ? Je fais demi-tour.
9h54 : Pauillac, les quais de Garonne. Pas de panneaux, rien.
9h55 : Ce n’est pas possible d’être aussi bête. Je suis déjà venue.
9h57 : Je suis de nouveau à Bages. Chic, quelqu’un ! Monsieur, le Château Cordeillan-Bages s’il vous plaît ? « Un tout petit peu plus loin à droite ! » Merciiii Monsieur !
9h59 : Je me gare sur le parking. J’en ai presque oublié de respirer tellement j’ai peur d’être en retard.
10h00 pétante : Je rentre dans le château. Cécile est là, accueillante, souriante. Nous sommes censées commencer tout de suite.
10h16 : Rien. Pour s’occuper, l’équipe de tournage fait quelques plans extérieurs.
10h25 : Nous croisons Thierry Marx dans un couloir. Il nous serre la main en se demandant visiblement qui nous sommes.
10h28 : Mais qu’est-ce que je suis venue faire dans cette galère ?
10h30 : Nous voici en cuisine. Rien ne se passe. J’ai l’impression d’être transparente.
10h40 : Cela va commencer. Le second de Thierry Marx me tend un tablier et une casquette. UNE CASQUETTE ????? Tant pis, je suis avec Thierry Marx, la casquette, je peux le faire ! Le cameraman me demande de la mettre façon djeun’s. Au point où j’en suis, je peux le faire aussi.
10h41 : La visière de la casquette est dans le champ. Ouf ! Je la remets normalement.
10h45 : Nous commençons par le risotto de soja au jus de truffes.
10h46 : NE VOUS APPUYEZ PAS SUR LE PLAN DE TRAVAIL !
10h47 : Je respire par le ventre.
10h50 : Je pose des questions, je m’intéresse.
10h55 : À la place de la truffe, je propose un autre champignon. Thierry Marx suggère le cèpe ou le champignon de Paris. Je propose la pleurote. LA PLEUROTE N’A AUCUN INTÉRÊT !
10h57 : Je goûte le risotto. À tomber. Mélange de textures, de saveurs… Je m’émerveille.
10h59 : Je dois refaire la recette.
11h00 : J’ai trop peur de mal faire. Je suis mal à l’aise, je n’arrive même pas à couper le soja.
11h01 : Thierry Marx coupe le soja.
11h02 : Pour mélanger le soja, je n’ai qu’une baguette. Moi qui n’arrive déjà pas à manger avec.
11h03 : Thierry Marx pense très fort : Mais qu’est-ce que je suis venu faire dans cette galère.
11h04 : J’entends penser Thierry Marx.
11h05 : Thierry Marx me donne une cuillère.
11h08 : La recette est finie. Thierry Marx dit que cuisiner le risotto l’a mis de meilleure humeur.
11h09 : Note à moi-même : penser à déposer un cierge à la cathédrale Saint-André pour remercier Saint Risotto.
11h15 : Nous poursuivons avec la tomate cubique, cœur de mozzarella.
11h19 : Thierry Marx va ébouillanter les tomates pour les peler. Je lui parle de l’épluche-tomates qui m’amuse.
11h24 : IL Y A DES CHOSES QUI M’AMUSENT DANS LA VIE MAIS PAS L’ÉPLUCHE-TOMATES !
11h25 : Je pense que Thierry Marx n’a pas de jeunes enfants dans les pattes quand il cuisine. Et j’envisage d’aller me jeter dans la Garonne toute proche.
11h26 : Thierry Marx explique la genèse de la recette : retrouver le goût bien particulier de ce qui reste au fond du saladier une fois les tomates mangées. Il est passionnant.
11h28 : Le second de Thierry Marx amène l’azote liquide.
11h29 : Je suis morte d’inquiétude. Je suis censée refaire les recettes ce soir à la maison. Thierry Marx dit qu’on peut remplacer l’azote liquide par de la carbo.
11h30 : Je n’ose pas dire que je ne sais pas ce qu’est la carbo. Je fais comme si. Quelqu’un suggère des glaçons.
11h36 : Thierry Marx dresse l’assiette. On goûte.
11h38 : Je dois dresser une autre assiette. M*rde, c’est Thierry Marx ! Le résultat n’est pas fantastique mais c’est une première.
11h39 : Thierry Marx se dit : Mais qu’est-ce que je suis venu faire dans cette galère.
11h39 : J’entends penser Thierry Marx.
11h40 : Troisième recette, à base de concombre cette fois.
11h44 : Thierry Marx explique qu’il faut cuire le concombre dans l’huile d’olive, 8 minutes à 200 W au micro-ondes.
11h45 : Je n’ai aucune idée de la puissance de mon micro-ondes.
11h58 : Je goûte le concombre. Encore une fois, c’est l’émerveillement.
12h00 : J’enlève cette fichue casquette.
12h15 : Je suis l’équipe de M6 dans un salon où elle interviewe Thierry Marx sur sa cuisine.
12h16 : Je commence à mieux respirer.
12h20 : La journaliste de M6 me dit : « Il faut que tu fasses goûter tes amuse-gueules traditionnels à Thierry Marx. »
12h22 : Taratatam. Mon cœur repart. Je suis certaine d’avoir fait un arrêt cardiaque.
12h24 : J’ouvre le coffre de ma voiture. Les tomates cerises au caramel et aux graines de moutarde ont légèrement coulé, les raisins enrobés de chèvre roulés dans la poudre de pistaches ont passé la matinée dans le coffre en plein soleil. Je choisis finalement les sablés au Parmesan, Gruyère suisse et piment d’Espelette.
12h30 : Nous sommes dans la cuisine. Thierry Marx goûte.
12h30 et 24 secondes : Je répète très fort, comme un mantra : le ridicule ne tue pas, le ridicule ne tue pas, le ridicule ne tue pas…
12h30 et 30 secondes : Thierry Marx dit que c’est bon. Enfin, je crois. Je ne sais plus ce qu’il a dit parce que j’étais en état de choc.
12h40 : M6 souhaite tourner mon arrivée à Cordeillan-Bages.
12h41 : Je me prends pour Juliette Binoche.
12h42 : Il faut refaire la prise. N’est pas Juliette Binoche qui veut.
12h43 : Je recommence. Thierry Marx m’accueille sur le perron. Je me prends pour une star. Où est mon rouge à lèvres ?
12h45 : C’est fini. Thierry Marx part en cuisine. Cécile me donne rendez-vous à Bordeaux le soir même pour la suite du tournage.
12h46 : Je monte dans ma voiture. J’ai faim, je n’ai pas déjeuné et j’ai super mal à la tête.
13h54 : J’arrive à la maison et je m’écroule sur mon canapé. Dans cinq heures, on recommence.
… La suite dimanche 9 décembre à partir de 20h05 dans E=M6 : Les amuse-gueules incroyables.
PS : Un petit clin d’œil à Caro de Pensées de ronde pour ses fantastiques minutes par minutes, et à Elle, of course.