
Fine Bordeaux Lartigue
J’ai découvert la Fine Bordeaux un peu par surprise, lors du dîner du 30e anniversaire de l’Ordre des Vignerons des Bordeaux et Bordeaux Supérieur, le soir où j’ai eu l’honneur d’être intronisée.
Entre deux plats, on nous a servi un petit verre ambré. Réflexe immédiat autour de la table : tiens, un trou normand ? Eh bien non. Pas de calvados ici, pas de Normandie à l’horizon. Nous étions à Bordeaux, et dans nos verres, il y avait de la Fine Bordeaux.
Celle que j’ai goûtée ce soir-là venait de la Distillerie Lartigue / Château Lartigue Cèdres, à Croignon, en Entre-deux-Mers.
Et là, j’avoue, je me suis renseignée, parce que cette eau-de-vie, je ne la connaissais pas. Pourtant, elle raconte une autre facette du vignoble bordelais, moins attendue que les grands rouges, mais très intéressante.
La Fine Bordeaux, c’est quoi ?
La Fine Bordeaux est une eau-de-vie de vin. Elle est produite à partir de vins blancs issus de l’aire de l’AOP Bordeaux, puis distillée et vieillie sous bois.
Les cépages utilisés sont principalement des cépages blancs : colombard, sémillon et ugni blanc, avec éventuellement un peu de merlot blanc. Ce ne sont pas forcément les noms qui viennent spontanément à l’esprit quand on pense à Bordeaux, et c’est justement ce qui rend le sujet intéressant.
Car Bordeaux, ce n’est pas seulement le rouge, les grands châteaux, les assemblages merlot-cabernet et les bouteilles de garde. C’est aussi un territoire de blancs, de crémants, de clairets, de liquoreux… et donc, plus confidentiellement, d’eaux-de-vie.
Ce n’est pas du cognac
La comparaison vient vite, évidemment. La Fine Bordeaux est une eau-de-vie de vin. Elle est distillée en deux chauffes, avec un alambic à repasse. Techniquement, il y a donc un vrai air de famille avec le cognac.
Mais ce n’est pas du cognac.
Ce n’est pas la même aire géographique, pas la même identité, pas le même terroir. La Fine Bordeaux appartient au vignoble bordelais. Elle en porte les raisins, le climat, les sols, les choix d’élevage. On retrouve cette idée de grande eau-de-vie de vin, mais avec une signature différente.
C’est d’ailleurs ce que j’ai trouvé le plus intéressant : on croit savoir où l’on va, et puis le verre raconte autre chose.
Une tradition revenue de loin
La distillation à Bordeaux n’est pas une invention récente. La région a longtemps produit des eaux-de-vie de vin. Mais avec le temps, la Fine Bordeaux a presque disparu des radars.
Elle a été reconnue plus spécifiquement en 1974, puis sa production a diminué dans les années suivantes, au profit des vins d’appellation. Normal : à Bordeaux, toute l’attention, toute la lumière, tout le prestige ou presque sont allés vers le vin.
La Fine Bordeaux bénéficie aujourd’hui d’une indication Géographique Protégée. Mais malgré cette reconnaissance, sa production reste minuscule. Lors du dîner, on nous a expliqué qu’il n’existait aujourd’hui que deux distilleries agréées. Autant dire que l’on est loin d’un spiritueux de grande diffusion.
Elle reste très peu connue, même ici, à Bordeaux. C’est sans doute ce qui m’a le plus plu : découvrir, derrière les vins et les appellations célèbres, une autre facette du vignoble.
Et dans le verre ?
La Fine Bordeaux que j’ai goûtée avait une jolie robe ambrée, due à son passage sous bois. Elle est issue de vins blancs de Bordeaux, principalement d’ugni blanc avec un peu de sémillon, puis doublement distillée et vieillie en barrique de chêne.
Au nez et en bouche, j’ai trouvé une eau-de-vie souple, chaleureuse, avec des notes fruitées, un côté agrumes, miel, vanille, et un boisé bien fondu. Rien d’agressif, en tout cas dans celle que j’ai goûtée. Plutôt quelque chose de rond et agréable.
On peut la servir en digestif, bien sûr, mais aussi l’imaginer en cuisine : pour parfumer une sauce, relever des fruits poêlés, flamber des pommes ou des poires, donner un peu de profondeur à un dessert aux noix ou aux pruneaux.
Bref, pas un trou normand. Plutôt une petite respiration girondine.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.