
La cuisine de notre bistrot préféré
Oui, je sais, je vous ai déjà fait un billet sur les livres de cuisine à offrir et à s’offrir. Mais j’avais oublié celui-ci. Il était en dessous de ma pile à lire. Voilà comment on passe à côté d’un bel ouvrage. La vie est pleine de dangers, surtout quand les livres s’empilent.
Chez Francis, vous connaissez peut-être si vous habitez Brive-la-Gaillarde. J’y suis allée déjeuner une fois, lors d’un week-end mémorable en Corrèze. Je pense que Khlauda et Nathalie s’en rappellent encore. Moi aussi, d’ailleurs : je m’y étais régalée.
Francis Tessandier, chef et propriétaire du restaurant, a eu envie dans ce livre de partager son amour pour la cuisine de terroir. Ici, pas de cuisine inutilement compliquée, pas d’assiette où l’on cherche l’ingrédient principal avec une loupe. On parle de goût, de produits, de mémoire, de cuisine qui prend son temps.
Comme il l’écrit dans son à-propos :
Ce sont des recettes parfois un tantinet sophistiquées mais le plus souvent simples, des recettes d’une cuisine fréquemment inspirée de la tradition ménagère, qui laisse le temps au temps, cette cuisine de femmes, nourricière et chargée d’amour dont les saveurs resurgissent à tel ou tel instant de la vie.
Un livre de cuisine de bistrot, généreux et corrézien
Au fil des pages, on trouve des recettes qui sentent bon la table de bistrot et la cuisine de terroir : galette de pommes de terre et de truffes à la moelle et au lard paysan, pot-au-feu réussi, cou de canard farci, tartare de loup et artichauts poivrades, lapin chasseur, tête de veau, joues de bœuf en daube, côtes de porc cul noir et pomme purée au citron, millefeuille au citron et au sucre, coings confits, pain doré, baba au Limoncello…
Bref, on n’est pas sur une cuisine de trois feuilles posées en diagonale avec une larme de sauce et un serveur qui vous parle de “dialogue végétal”. Ici, ça nourrit, ça raconte, ça donne envie de se mettre à table.
Les recettes sont claires, les photos très belles, et l’on n’a pas besoin de courir dans dix magasins différents pour trouver les ingrédients. C’est aussi cela que j’aime dans un bon livre de cuisine : il donne envie de cuisiner, pas de remplir un formulaire de demande de congé pour partir chercher une épice rare.
Chez Francis, entre cuisine, écrivains et esprit gaillard
Ce livre ne se contente pas d’aligner des recettes. Francis Tessandier aime les artistes et les écrivains, et son restaurant est devenu leur repère pendant la Foire du livre de Brive.
Les recettes sont donc classées en fonction des menus préférés de personnalités venues déjeuner chez lui : Chantal Thomas, Patrick de Carolis, Olivier Rolin, Jean-Michel Ribes, Christian Lacroix, Jean-Marie Périer, Madeleine Chapsal, Pierre Arditi, Yann Queffélec et bien d’autres.
Chacun lui a fait l’honneur d’écrire un texte, sur son rapport à la cuisine, un produit, un souvenir, une émotion. Et souvent, ce sont de bien jolies histoires. C’est ce qui donne au livre son charme particulier : on y vient pour les recettes, mais on reste aussi pour les voix, les souvenirs et cette atmosphère très briviste, très littéraire, très gourmande.
De la cuisine comme je l’aime, avec en plus, de temps en temps, des focus sur les produits phares de la gastronomie corrézienne. Autant vous dire que cela coche quelques cases chez moi.
Bref, vous l’aurez compris, je trouve que ce livre est une réussite. Un livre de cuisine que l’on pourrait qualifier de 100 % gaillard.
La cuisine de notre bistrot préféré – Chez Francis, de Francis Tessandier, préface de Pierre Arditi, Éditions Gründ, 24,95 €.