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Château de Chambert : visite d’un domaine viticole dans le Lot

Situé à Floressas, dans le Lot, le Château de Chambert est une importante propriété viticole de l’appellation Cahors. On peut y découvrir les vignes, les différents terroirs et les chais, avant de prolonger la visite par une dégustation.

J’y suis arrivée dans le cadre d’un voyage de presse sans connaître réellement le lieu. Un château, des vignes, du Cahors, du Malbec… je savais à peu près ce que j’allais trouver. Pourtant, sur place, j’ai découvert un ensemble beaucoup plus vaste, vivant et riche que je ne l’imaginais.

Dès l’arrivée, le décor marque les esprits. Le château apparaît sur les hauteurs, posé sur son causse, entouré de vignes et de coteaux. Il y a ce petit effet « waouh » immédiat : la pierre, la lumière, la vue et les rangs de vigne qui filent dans le paysage. On comprend tout de suite que le cadre comptera autant que la dégustation.

Après nous être garés sur le parking, nous avons rejoint la salle de dégustation en passant devant le château. Le bâtiment a beaucoup d’allure, sans pour autant donner l’impression d’un décor de cinéma. Il possède une vraie présence et l’on sent déjà qu’il a traversé bien des histoires.

Avant de passer aux verres, nous avons commencé par une visite des vignes, des sols et des chais. J’aime toujours ce moment-là, car c’est souvent en marchant dans les rangs ou en entrant dans un chai que l’on comprend mieux ce que l’on boira ensuite. À Chambert, cette idée prend tout son sens.

Un domaine emblématique de l’appellation Cahors

Le Château de Chambert se trouve sur les hauteurs de l’appellation Cahors, en plein pays du Malbec. Ce cépage historique de la région est également appelé Côt noir ou Auxerrois.

D’après les informations communiquées lors de la visite, l’histoire du vignoble est très ancienne. Des textes mentionnent déjà la présence de vignes sur les collines de Floressas dès le Xe siècle. Au fil du temps, Chambert prend de l’importance, s’exporte et gagne en notoriété, notamment au XIXe siècle. En 1854, le vignoble couvre jusqu’à 392 hectares, une superficie considérable.

Ce qui m’a frappée, c’est l’ampleur qu’a connue Chambert à certaines époques. Les vins de Cahors partaient alors loin, en France bien sûr, mais aussi en Angleterre, en Russie et jusqu’en Amérique. Grâce à la navigation sur le Lot, les barriques circulaient, marquées des armoiries de la propriété. On imagine ce que cela représentait alors : un vin du Quercy qui voyageait déjà bien au-delà de ses coteaux.

De la gloire à l’abandon, puis à la renaissance

Comme beaucoup de vignobles, Chambert a également connu des périodes plus sombres. L’oïdium, le phylloxéra, puis la Première Guerre mondiale ont profondément marqué son histoire. Après la mort du général Bataille en 1914, les vignes entrent peu à peu en sommeil.

Pendant des décennies, les terres retournent à la friche, aux taillis et aux pâtures pour moutons. Cet abandon a pourtant eu un effet inattendu : les sols ont été préservés. Ils ont ainsi échappé aux cultures intensives et aux traitements chimiques de l’après-guerre. La terre s’est reposée.

En 1973, Marc Delgoulet, négociant en vins, tombe sous le charme du site et décide de faire renaître Chambert. Les vignes sont replantées dès 1974, principalement en Malbec, avec une attention particulière portée aux expositions, aux sols et aux porte-greffes.

Depuis 2007, le Château de Chambert appartient à Philippe Lejeune. Il poursuit cette dynamique avec une approche engagée autour de l’agriculture biologique, de la biodynamie et de l’expression des terroirs.

Dans les vignes : un paysage qui explique le vin

La propriété s’étend aujourd’hui sur environ 120 hectares de vignes, de terres et de bois, dont une quarantaine d’hectares de vignoble en AOC Cahors. Les parcelles se trouvent sur les hauts coteaux du Sud-Quercy, autour de 300 mètres d’altitude.

Cette situation n’est pas anodine. Elle apporte des nuits plus fraîches, des maturités plus lentes et une belle amplitude thermique entre le jour et la nuit. Dans le verre, cela peut donner des vins plus tendus, plus précis et dotés de davantage d’élan.

Pendant la visite, on nous a montré les différences de sols, et c’est très parlant. À certains endroits, la terre est claire et calcaire ; ailleurs, elle devient rouge, marquée par le fer. On passe presque à vue d’œil d’un terroir à l’autre.

Les sols calcaires apportent de la tension, de l’élégance et une certaine droiture. À l’inverse, les argiles rouges donnent davantage de profondeur, de puissance, de fruits noirs et d’épices. C’est ce qui rend le Malbec particulièrement intéressant ici : il ne raconte pas toujours la même chose selon l’endroit où il pousse.

Le vignoble est découpé en plus de cent parcelles et sous-parcelles. Chacune est suivie en fonction de son exposition, de l’âge des vignes, de son sol et de son comportement. On est donc loin d’un vin produit en un bloc uniforme. Le travail se fait au plus près du terrain.

Un Cahors loin des vieux clichés

Le Cahors traîne encore parfois une image un peu sévère : celle d’un vin noir, puissant et très tannique, à sortir uniquement avec un solide plat d’hiver. Vous voyez le genre : cheminée, daube, pull en laine et sieste obligatoire derrière.

À Chambert, l’approche est différente. Il ne s’agit pas de nier la personnalité du Malbec, ce serait dommage, mais de rechercher davantage de justesse, de buvabilité, d’équilibre et de lisibilité du terroir.

L’objectif n’est donc pas de produire des vins démonstratifs ou bodybuildés. Il s’agit plutôt de montrer que le Malbec peut être expressif et profond, tout en restant plus souple, plus gourmand et plus contemporain. Cette recherche se comprend encore mieux en entrant dans les chais.

Dans les chais : béton, grands foudres et élevage mesuré

Après les vignes, nous avons poursuivi la visite dans les chais. Là aussi, les choix effectués sont très lisibles.

Les cuves inox ont progressivement été remplacées par des cuves en béton brut. Elles permettent de vinifier les parcelles séparément et d’accompagner le vin avec précision, sans le brusquer.

Les fermentations se font avec les levures indigènes, naturellement présentes sur les raisins. Pas d’ajout de levures sélectionnées, pas de sucre ni d’extraction excessive : les gestes sont donc plus doux et les interventions mesurées.

Autre choix important : l’élevage s’effectue principalement dans de grands foudres de chêne français, notamment de 30 hectolitres. Le bois est présent, mais il ne prend pas toute la place. Il accompagne le vin au lieu de le maquiller.

Pour moi, c’est essentiel. Je n’aime pas lorsque le bois écrase le fruit et uniformise les vins. Ici, l’objectif est au contraire de laisser parler le Malbec, les sols calcaires, les argiles rouges et le caractère du lieu.

La dégustation : plusieurs visages du Malbec

Après la visite, nous sommes retournés dans la salle de dégustation. Goûter les vins après avoir parcouru les vignes et les chais change vraiment la perception, car les explications deviennent alors beaucoup plus concrètes.

La gamme de Chambert est large : vins de plaisir, cuvées historiques, cuvées parcellaires, Grand Vin et propositions plus originales. Il ne s’agit pas de produire simplement « un Cahors », mais de montrer plusieurs expressions du Malbec.

Certains vins sont plus immédiats, portés par le fruit et la souplesse. D’autres sont plus profonds, plus structurés et dotés d’un véritable potentiel de garde. Cependant, ce qui m’a plu, c’est que l’on ne tombe jamais dans la lourdeur.

Il y a de la matière, bien sûr. Le Malbec reste le Malbec. Mais il y a aussi du mouvement, de l’énergie et une belle lisibilité. On découvre ainsi un Cahors plus nuancé, plus accessible et plus actuel.

Je trouve cela particulièrement intéressant pour ceux qui pensent ne pas aimer les vins de Cahors. À Chambert, le Malbec peut réellement faire changer d’avis.

Pourquoi visiter le Château de Chambert ?

Le Château de Chambert ne se résume pas à un endroit où l’on vient acheter quelques bouteilles. L’intérêt de la visite est justement de relier ce que l’on voit dans le paysage à ce que l’on retrouve ensuite dans le verre.

D’abord, on observe les coteaux, les différences de sols et les parcelles. Puis, dans les chais, on découvre comment ces terroirs sont vinifiés séparément. Enfin, la dégustation permet de mieux comprendre les choix d’élevage, l’influence de l’altitude et les différentes expressions du Malbec.

J’ai aimé le contraste entre la majesté du château, le côté très concret de la promenade dans les vignes et la précision du travail réalisé dans les chais. On vient visiter une propriété viticole et l’on repart avec une autre image du Cahors : moins massive, plus ouverte et plus vivante.

J’ai également apprécié que le lieu ait conservé la mémoire de son histoire sans rester figé dedans. Chambert possède quelque chose de très ancien, presque romanesque par moments. Pour autant, la propriété continue d’avancer, d’expérimenter et d’affiner son style.

La visite peut se prolonger par un passage à la boutique, un verre au bar à vin ou une pause au bar à tapas. Il est également possible de déjeuner ou de dîner au restaurant étoilé Holodeck, installé dans une ancienne grange rénovée.

Si vous passez dans le Lot et que vous aimez les visites de vignobles, les beaux paysages et les vins qui racontent quelque chose, le Château de Chambert mérite vraiment l’arrêt. Prévoyez toutefois suffisamment de temps pour suivre la visite et la prolonger par une dégustation. C’est à ce moment-là que tout ce que l’on a découvert dans les vignes et les chais prend véritablement sens.

Informations pratiques pour visiter le Château de Chambert

Château de Chambert
46700 Floressas
Site : www.chambert.com

Le Château de Chambert propose des visites, des dégustations, une boutique, un bar à vin, un bar à tapas et un restaurant gastronomique. Les horaires et les formules pouvant varier selon la période, pensez à vérifier les informations sur le site officiel et à réserver avant de vous déplacer.

 

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