
Ile du Roy
C’est une petite traversée de rien du tout, dix minutes à peine, mais elle vous transporte dans un autre temps. Le bateau quitte Mahón depuis le quai voisin de la distillerie Gin Xoriguer (oui, celle de mon article sur le gin minorquin et ses alambics centenaires ). On longe doucement les façades couleur miel, les mâts qui grincent, les rires sur les terrasses du port… et, au bout du chenal, surgit un îlot blond coiffé d’un drapeau : l’Illa del Rei, l’Île du Roi.
Une escale chargée d’histoire
Son nom remonte à 1287 : le roi Alphonse III y aurait fait halte en novembre, pris dans une tempête, avant de reprendre Minorque aux musulmans. Des siècles plus tard, en 1711, la Royal Navy y érige un hôpital militaire monumental, capable d’accueillir plus de 1000 patients, l’un des plus grands de Méditerranée.

Hôpital
Les puissances se succèdent : Britanniques, Français, Espagnols. Chacun repeint les murs à sa couleur, littéralement. Si vous regardez bien, certaines pierres portent encore ces strates : un patchwork d’empires, de guerres et de soins prodigués sous des drapeaux différents.
L’hôpital fonctionne jusqu’en 1964, puis le silence. Quarante ans d’abandon, de sel et de vent… jusqu’à ce que Minorque fasse ce qu’elle fait de mieux : prendre soin.
Le miracle des volontaires
En 2004, un groupe d’anciens militaires et de bénévoles s’empare du lieu. Chaque dimanche matin, ils viennent déblayer, réparer, jardiner, repeindre. Petit à petit, ils redonnent souffle à ce pan d’histoire oublié. Le mot qui revient souvent, c’est convivialité : on travaille dur, mais toujours dans la bonne humeur (et il paraît qu’un apéritif collectif conclut la matinée, esprit d’île oblige).
Aujourd’hui, la Fondation Isla del Rey veille à l’entretien du site : une œuvre de patience et d’amour qui prouve qu’on peut réanimer un patrimoine sans l’aseptiser.
- Ile du Roy
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- L’Île du Roy
Hauser & Wirth Menorca : l’art au service du lieu
Au cœur de cette renaissance, un acteur inattendu : Hauser & Wirth, la prestigieuse galerie d’art contemporaine, installée dans l’ancien édifice Langara. L’accord est simple et exemplaire : la fondation cède l’usage du bâtiment à condition qu’il soit entièrement restauré et ouvert à tous.

Hauser & Wirth
Le résultat est superbe. L’architecte Luis Laplace, Argentin installé à Paris, a conservé l’âme du lieu : murs d’origine, volumes aérés, patio central qui relie intérieur et extérieur. On y circule lentement, entre lumière rasante et odeur de chaux. Tout rappelle qu’ici, la mer n’est jamais loin.
Dehors, un jardin imaginé par Piet Oudolf (le créateur du High Line à New York) déroule ses vagues végétales. Plantes méditerranéennes, espèces endémiques de Minorque, graminées blondes qui dansent au vent : un paysage à la fois maîtrisé et vivant, pensé pour évoluer au fil des saisons.
L’art contemporain en dialogue avec l’île
À l’intérieur, les expositions temporaires se succèdent, mais gardent un fil rouge : le dialogue entre l’humain, la matière et le territoire.
Mika Rottenberg : la matière, le monde et nous : L’artiste Mika Rottenberg détourne le quotidien avec humour : ses films et installations explorent les absurdités de l’hypercapitalisme. Frontières, tunnels imaginaires, recyclage du plastique, plantes invasives transformées en œuvres : un univers pop, ironique, mais profondément politique.
- Lampe Mika Rottenberg
- Cindy Sherman
- Lampe Mika Rottenberg
- Cindy Sherman
Cindy Sherman : mille visages, une seule femme : Avec Cindy Sherman, l’atmosphère change. Ses autoportraits déconcertent : perruques assumées, maquillage appuyé, personnages féminins figés dans leurs rôles. Du cinéma à la mode (Chanel inclus), elle questionne nos représentations et nos mirages sociaux. On cesse de chercher « la vraie Cindy » pour se regarder soi-même.
Pourquoi j’ai aimé cette île
Ce que j’ai aimé ? Ce cheminement cohérent, l’histoire du lieu blessé devenu lieu de culture et l’architecture qui respire. Et ouis au centre, ces habitants qui continue de venir, dimanche après dimanche, entre deux gorgées d’apéro, pour que l’île reste vivante.
Cerise sur le gâteau, il y a un restau super sympa, la cantina. Je vous raconte tout dans cet article : Cantina, l’art du brunch au bord de l’eau, Ile du Roy, Minorque.
- Depart pour l’Ile du Roy depuis Mahon
- En route pour l’ile du roi
- Île du Roy
Infos pratiques
- Départ : depuis Mahón, juste à côté de la distillerie Gin Xoriguer
- Traversée : environ 10 minutes
- Accès : réservation conseillée en haute saison
- Sur place : expositions Hauser & Wirth, jardin de Piet Oudolf, hôpital restauré, boutique et restaurant à l’ombre des pins
Une escapade à la fois culturelle et apaisante, à faire absolument lors d’un séjour à Minorque. Vous en reviendrez conquis.