Au bord du port de Mahón, à Minorque, la distillerie Xoriguer veille depuis près de trois siècles sur un savoir-faire unique. Ses murs épais, blanchis par le sel et l’humidité marine, racontent une histoire faite de tradition, de famille et… de genièvre.
Mais pourquoi le gin est-il arrivé à Minorque, bien avant que les hipsters ne le remettent à la mode ? vous demandez-vous peut-être.
Eh bien, ce n’est pas un hasard. En effet, en 1736, le Gin Act imposa en Angleterre de lourdes taxes sur la production et la vente de gin. Pour les marins britanniques, c’était la disette : leur boisson fétiche devenait rare et coûteuse. Stationnés à Minorque alors sous domination britannique, ils demandèrent aux habitants de leur en fabriquer. Les Minorquins s’y essayèrent… et la tradition prit racine.
Une maison née d’un héritage et d’une famille
Autrefois, Minorque comptait plusieurs distilleries : Sompetti, Trimica, Beltrán… La plus prospère, Fornero, fut détruite à la fin du XIXᵉ siècle : un alambic explosa, faisant quatre morts, dont le propriétaire. Après ce drame, la famille mit fin à l’activité. Le comptable de l’entreprise, Miguel Pons Justo, se retrouva alors sans emploi. Déterminé à sauver ce savoir-faire, il fit de nombreux essais, reconstitua la recette du gin et lança sa propre production.
Le gin le plus ancien de la Méditerranée
Xoriguer élabore ce qui est probablement le gin le plus ancien de la Méditerranée, à partir d’une recette du début du XVIIIᵉ siècle. Ici, pas de mélange complexe de plantes : seules les baies de genièvre donnent leur parfum au gin de Mahón. Pas de coriandre, pas d’agrumes, juste cette note franche, résineuse, qui emplit les narines.
La distillation se fait encore dans de vieux alambics en cuivre, certains âgés de plus de 250 ans. Le feu est nourri de bois local (pin et olivier sauvage), fourni par les habitants lors du débroussaillage de leurs terrains. On alimente la flamme à la main, on ajuste la chaleur selon l’expérience. Pas d’ordinateur ici, mais un savoir-faire artisanal transmis de génération en génération.
La méthode est dite « one shot » : une seule chauffe, dont on ne garde que le cœur. Les premières gouttes, trop brûlantes, sont écartées ; les dernières, trop aqueuses, mises de côté. Résultat : un gin limpide, sec, d’une pureté désarmante.
Un musée vivant… et une production d’ampleur
Visiter Xoriguer, c’est entrer dans un musée où tout fonctionne encore. On avance dans des salles voûtées saturées d’humidité marine, les flammes crépitent sous les cuves, et l’air embaume le genièvre.
Mais derrière ce décor ancien, la production est bien réelle : plus d’un demi-million de bouteilles sortent chaque année de Mahón, expédiées vers l’Espagne, la France, les États-Unis, l’Italie, le Japon, le Mexique ou encore la Nouvelle-Zélande. Malgré cette ampleur, la maison reste fidèle à ses valeurs : artisanat, goût inchangé, bouteille reconnaissable entre mille et moulin emblématique. Des particularités qui lui valent l’Indication Géographique Protégée “Gin de Mahón”.
Le rituel de la dégustation
La visite se termine au comptoir. Verres alignés, couleurs variées, arômes qui surprennent. On goûte le gin Xoriguer nature, sec et incisif, mais aussi des versions plus douces, parfois aromatisées, qui séduisent les amateurs de cocktails.
Et surtout, la star locale : la Pomada, ce mariage pétillant de gin et de limonade, boisson incontournable des fêtes d’été minorquines.
Informations pratiques
- Distillerie Xoriguer – Moll de Ponent, Mahón, Minorque
- Ouvert tous les jours
- Visite guidée (en anglais ou en espagnol) avec dégustation et tapas : 15 € par personne. Réservation conseillée sur www.getyourguide.es.
- Produits labellisés IGP Gin de Mahón
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération