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Vanille : de la fleur à la gousse parfumée

Gousses de vanille, longues et brunes, prêtes à parfumer la cuisine

Vanille © Suto Norbert Zsolt. shutterstock

La vanille, on la connaît souvent une fois arrivée dans le placard, bien rangée dans son petit tube, prête à parfumer une crème anglaise, un flan ou un gâteau du dimanche. Mais avant d’en arriver là, cette gousse a déjà vécu une sacrée aventure. Et franchement, elle mérite presque une série documentaire à elle toute seule.

J’avais découvert tout cela lors d’une présentation presse consacrée à la vanille, organisée à l’atelier culinaire bordelais Cuisin’ les Ateliers, avec Authentic Products. Ce jour-là, j’ai senti, goûté, comparé plusieurs vanilles différentes. Et j’ai surtout compris une chose : derrière ce parfum chaud, floral, boisé, parfois presque confit, il y a un travail fou. Beaucoup de main, beaucoup de patience, beaucoup de savoir-faire. La vanille ne se contente pas de sentir bon, elle se mérite.

Voici donc le chemin de la vanille, de la fleur à la gousse parfumée. Spoiler : ce n’est pas exactement une plante qui pousse tranquillement dans son coin en attendant qu’on vienne la mettre dans un riz au lait.

Comment pousse la vanille ?

La vanille est le fruit d’une orchidée grimpante. Dans les plantations, elle pousse comme une liane et a besoin d’un support, souvent un arbre ou un tuteur, qui lui apporte aussi un peu d’ombre. Elle aime la chaleur, l’humidité, une terre riche, mais pas le soleil brutal. Bref, une diva tropicale, mais une diva qui a ses raisons.

Il faut généralement 3 à 4 ans avant que le vanillier commence à produire. La plante développe alors un bouton floral, qui met environ 6 semaines à donner une fleur. Autant vous dire qu’on n’est pas sur une herbe aromatique semée le lundi pour le gâteau du dimanche.

Au total, entre la plantation et une gousse prête à être transformée, il peut s’écouler plusieurs années. Autant dire que la vanille n’est pas exactement un produit de culture rapide.

Ce qui m’avait marquée pendant cette présentation, c’est la précision du geste nécessaire pour obtenir une gousse. On imagine une plante exotique qui fait sa vie tranquillement. En réalité, la vanille demande une attention presque chirurgicale, fleur après fleur.

La fleur de vanille est hermaphrodite, mais ses organes mâle et femelle sont séparés par une petite membrane. Dans la plupart des zones de culture, la pollinisation doit donc être réalisée à la main, au bon moment, car la fleur reste ouverte très peu de temps.

Le geste consiste à soulever cette membrane et à mettre en contact les deux parties fertiles de la fleur. C’est précis, délicat, rapide. Ambiance : speed dating botanique, mais avec beaucoup plus d’enjeux.

Après la pollinisation, il faut encore environ 8 semaines pour voir les gousses se développer, puis 8 à 9 mois pour qu’elles arrivent à maturité. La gousse verte jaunit alors légèrement à son extrémité : c’est le signe qu’elle peut être récoltée.

Évolution de la fleur de vanille jusqu’à la formation de la gousse

De la fleur à la gousse ©Broktopia – licence CC BY-NC-SA 2.0

Les gousses se développent lentement. Si la liane en porte trop, on en retire une partie pour favoriser la qualité aromatique et la taille des gousses restantes. Là encore, tout se fait à la main.

Gousses de vanille vertes sur un vanillier

Gousses de vanille ©Kevin Harber CC BY-NC-ND 2.0

Si on attend davantage, la gousse peut se fendre naturellement : on parle alors de vanille fendue. Elle est surmaturée, plus rare, avec des notes qui peuvent évoquer le pruneau, la figue confite ou les fruits très mûrs. Une sorte de vendanges tardives de la vanille, si l’on ose la comparaison.

De la gousse verte à la vanille parfumée

Après la récolte, les gousses vertes ne sentent pas encore la vanille telle qu’on l’imagine. C’est l’une des choses les plus étonnantes à comprendre : le parfum ne sort pas de la plante comme par magie. Il se construit, étape après étape, grâce à un long travail de préparation.

Pour la vanille de type Bourbon, notamment à Madagascar, les gousses sont d’abord échaudées. Elles sont plongées quelques minutes dans une eau chaude, autour de 60 à 65°C. Cette étape stoppe leur évolution végétale et lance le processus de transformation aromatique.

Elles sont ensuite placées dans de grandes caisses ou malles, souvent enveloppées dans des couvertures, pour une phase dite de sudation ou d’étuvage. C’est là que les précurseurs aromatiques se transforment peu à peu, et que la vanilline, la molécule la plus connue du parfum de vanille, se développe.

Vient ensuite le séchage. Les gousses sont exposées au soleil par courtes périodes, souvent le matin, puis rentrées et retournées régulièrement pour sécher de façon homogène. Trop d’humidité, et la vanille peut moisir ; trop de séchage, et elle perd de sa souplesse. C’est un équilibre de funambule, mais avec des gousses noires à la place du balancier.

Gousses de vanille mises à sécher au soleil

Séchage de la vanille ©David Darricau CC BY-NC-SA 2.0

Après le séchage au soleil, les gousses poursuivent leur maturation à l’ombre, dans des lieux ventilés. Elles sont triées, surveillées, manipulées, affinées en malles pendant plusieurs mois. Ce temps d’affinage permet aux parfums de s’arrondir, de se développer, de gagner en complexité.

À la fin, les gousses sont de nouveau vérifiées, mesurées, classées puis regroupées en bottillons de même qualité. Les plus belles gousses, souvent appelées vanilles noires, sont destinées à la gastronomie et à la pâtisserie. D’autres qualités, comme certaines vanilles rouges, sont plutôt utilisées pour l’extraction ou l’industrie agroalimentaire.

Madagascar, Tahiti, Réunion : les vanilles ont-elles le même goût ?

Non, et c’est ce qui rend la dégustation passionnante. Lors de cette présentation, j’ai pu comparer plusieurs vanilles. La différence entre une vanille de Madagascar et une vanille de Tahiti m’a vraiment surprise. Je savais qu’il existait des nuances, mais pas à ce point.

La vanille de Madagascar, issue de Vanilla planifolia, est souvent ronde, chaude, puissante, très pâtissière. C’est celle que l’on retrouve beaucoup dans les crèmes, les gâteaux, les glaces et les desserts classiques.

La vanille de Tahiti, issue d’une autre espèce, Vanilla tahitensis, a un profil différent. Elle est souvent plus florale, suave, presque confite, avec une personnalité très marquée. Elle peut être superbe en confiserie, dans les crèmes, les desserts fruités ou les préparations où l’on veut vraiment sentir sa singularité.

Quant aux vanilles de La Réunion, elles peuvent offrir des profils très intenses, notamment avec la vanille bleue ou la vanille givrée. Ce sont des vanilles que j’ai découvertes ensuite plus en détail, et qui méritent vraiment qu’on s’y attarde à part.

Ce que j’ai retenu de cette dégustation, c’est qu’il n’existe pas une seule “meilleure” vanille pour tout. Tout dépend de la recette, du dosage, de la qualité de la gousse et du parfum recherché. Une crème anglaise n’attend pas forcément la même vanille qu’une sauce pour poisson ou qu’un dessert aux fruits exotiques.

Depuis cette présentation, je ne regarde plus une gousse de vanille de la même façon. Derrière son parfum familier, il y a une plante exigeante, un geste précis et un travail de longue haleine. C’est aussi ce qui rend chaque origine, chaque préparation et chaque gousse si intéressantes à goûter.

Pour cuisiner avec cette gousse merveilleuse, retrouvez ici toutes mes recettes avec de la vanille.

Enjoy !